Naissances des fleuves
1er février 2013



Je me souviens des heures d’argent et de soleil vers les fleuves

L’eau des grands fleuves où on puiserait nos larmes et la force de s’en défaire, les déposer là pour ne plus avoir à les porter, et partir, la force de partir aussi.

Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !

La puissance des courants, des vagues intérieures, des débordements : comme des mots qu’on ne dira pas — alors il faut autre chose à la terminaison de soi ; entre nous et le monde les yeux s’effacent. Il y a ce qui tombe de soi pour se mêler aux eaux du ciel, qui fraient.

Je regrette les temps où la sève du monde,

L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts

Dans les veines de Pan mettaient un univers !

Les marées ne connaissent qu’un mouvement de reflux qui passent les barrages qu’on voudrait dresser, savent la sagesse des routes qui serpentent et mènent toujours au même endroit de la terre, là où dans les deltas elles gonflent et se confondent au ciel pour rejoindre toutes les Amériques du monde.

Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve,

Là où on vient consentir à la mort des enfants, accepter la perte, en recueillir le don. On se penche ; on voit le soleil fiché dans le miroitement de l’eau, parfois la lumière.


Moi — Mourir aux fleuves barbares.

Inventer dans les larmes le mot qui dira davantage : oui, la pensée qui frôlera l’excès de forces qu’il a fallu pour dire : davantage encore, je me mêle à ce corps, et dans ses larmes, je suis issu de ces larmes, et de ces larmes, je viens naître à ce qui jamais n’apaise aucune soif.


arnaud maïsetti - 1er février 2013

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