Danse Butō | les gestes de la naissance
28 février 2013




apprendre à tomber, à tomber encore, à tomber sur le sol comme pour dire je suis la loi qui fait tomber les corps et mon corps avec eux et tomber pour appartenir au sol, l’humilité du sol, oui Adam est le nom qui dit la terre et la cendre et la poussière froide de la terre, l’humus auprès de quoi s’allonger quand il faudra ne plus respirer, où rêver peut-être, et commencer d’

apprendre alors à être allongé dans sa cendre nue qui sur le corps est le corps désormais que le sol est à soi, être allongé nu comme est nu le sommeil, sa beauté arrachée au rêve lui-même dans le plus simple appareil d’une chevelure défaite, et sur le corps toute cette nudité qui désarme le ciel sous lequel il fait nuit, nudité seule blancheur qui demeure maintenant qu’allongé le corps est habité dans sa nudité, qu’il est prêt alors à

apprendre à se lever comme on répond à cet ordre, redresse-toi maintenant, apprend les gestes qui surgissent de ton corps pour que le corps surgisse, aussi, et la voix dira dans tout le corps comment naître à la verticalité, être le corps dressé bientôt qui va se dresser, être tout dressé de son corps qui viendra, comme le désir, elle dit, comme le désir avancer dans le corps désirable du monde, mais pour le moment, apprendre, simplement, à se lever, à se redresser comme un sexe tout près de disparaître dans le sexe d’un monde ouvert pour cela, qu’il s’y perde lentement et s’y confonde, être cela, avant qu’enfin vienne le temps où

apprendre à être debout, face à la lumière comme en défi, qu’elle ose, si elle l’ose, se poser sur soi, et couler le long de soi, et la lumière s’effacera pour ne laisser voir que le corps et ses contours, le sexe seul à l’entour du noir presque absent, déjà qui appartient à la nuit, non pas à la nuit du silence, mais celle des cris échangés de pur désir comme des soupirs sur le corps allongé du monde qui dort, tandis que nous veillons l’un sur l’autre les corps reposés l’un sur l’autre, être debout celui qui demeure finalement debout devant la lumière et force la lumière à lentement incliner la tête, baisser, mourir, qu’il ne reste que les contours d’un corps debout le regard dressé face à tout ce qui demeure, le sexe noir comme bientôt tout le silence sur ce qui a eu lieu, les combats intérieurs qu’il faut pour naître à son corps, à son enfant premier, sacré, à la lumière, au désir, à la vie qui pourrait commencer maintenant


arnaud maïsetti - 28 février 2013

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