Csiki-Csiki | « que je meure »
1er mars 2013



C’est dans Transylvania, je ne sais plus où, le film je l’ai vu en mille fois (et presque dans le désordre) ; je me souviens de la neige et de la naissance dans la voiture, je me souviens de l’enfant intérieur qui court sur le chemin après le sommeil dans le train, je me souviens de la chaleur du café et des cartes et du dessin sur la main, sur le ventre, et des larmes dans le carnaval, je me souviens aussi mais je confonds aussi de la beauté de l’homme rencontré par hasard, et de l’amant peu de choses, sauf son violon, mais il ne compte pas, il disparaît si vite, ce n’est pas lui qu’on cherche, c’est l’enfant, je me souviens d’autres choses aussi, mais qui n’appartiennent au film que dans son oubli, c’est pourquoi je mets une image de Gadjo Dilo, que je meure si elle n’a pas sa justesse ici.

Surtout, je me souviens aussi de cette musique dans le film, mais parce que je l’ai écoutée ensuite, et hier soir beaucoup, pourquoi.



Peut-être à cause du désir de mourir, oh que je meure, dans le fait de vouloir vivre davantage : le désir comme la menace qu’on fait peser sur la vie, ou sur la mort, on ne sait plus très bien, au nom même du défi de la vie et de la mort à la fois — et dans tout cela, la voix qui porte à égale distance la joie et la douleur ;

peut-être aussi à cause de la légèreté qu’il y a ici à dire ces choses graves, ou est-ce la gravité de prononcer ces choses légères, je ne sais pas ;

à cause du désir de la voix, en elle peut-être aussi, et du désespoir, et de l’arrogance tendre et simple, évidente comme si elle devait crier, et que tout ce qui restait de ce cri quand il veut se donner avec la tendresse, c’était ce chant, la voix dans la mélodie mêlée de sa caresse ;

peut-être à cause du piano quand la voix murmure comme au désespoir la caresse, sans arrogance ;

peut-être encore à cause de ces mots qui tiennent autant de l’image que de leurs réalités : bien sûr qu’elle le fait marcher, et voilà pour le chemin (et voilà pour la tromperie douce) ;

et peut-être pour l’enroulement de la clarinette dans les cheveux qui dansent comme des serpents lancés à la poursuite de la jeune fille et qui ne l’atteindront plus jamais ;

peut-être à cause du nom qu’il invente pour elle, et qu’elle prend pour elle et pour nommer la chanson — qu’elle accepte parce qu’il sait ainsi, en l’inventant, comment elle est faite, quand elle chante et qu’elle se met à danser, nécessairement (parce qu’on ne chante pas cela sans que le corps dise les mots aussi en les faisant vibrer dans l’espace vibrant de son corps laissé à l’abandon des gestes comme au plaisir les secousses) ;

ou alors peut-être pour ce moment à la fin quand tout se dérègle, et semble jouer faux, ou comme à côté de la note, la voix qui chante dans l’ivresse, cette façon d’être plus désaxée et plus vive ; l’ivresse : là où les sentiments prennent une acuité plus grande dans le flou, le moment des promesses pour toujours, des tatouages sur le champ et pour la vie ;

et pour Me zhanav me ka zhivav


Palya Beáta - Csiki-Csiki

Adjatok egy szalmaszálat,
Égessem el a világot !
Adjatok egy szalmaszálat,
Hadd fújjam fel ezt a házat !
Lábam termett a táncra,
Szemem a kacsintásra.
Ha táncolok, szikrát szórok,
A világra fittyet hányok !

Donnez-moi un brin de paille, / Que je fasse brûler le monde !
Donnez-moi un brin de paille, / Que je fasse gonfler cette maison ! /Mes jambes sont faites pour danser, / Mes yeux pour faire de l’œil. / Quand je danse, je fais des étincelles, /Je me fiche bien du monde !

Aj Chiki-Chiki, aj ke te merav,
Aj Chiki-Chiki, aj ke te merav,
Aj Chiki-Chiki-Chiki, aj ke te merav,
Me zhanav me ka zhivav

Tchiki-Tchiki, que je meure […] / Je sais que je vais vivre

Aj Chiki-Chiki, il m’appelle comme ça,
Aj Chiki-Chiki, il meurt pour moi,
Aj Chiki-Chiki, il m’appelle comme ça,
Avec moi il va où je veux.

Vesz ő nékem selyemruhát,
Gyöngyöt, láncot, piros szoknyát,
Reám költi a vagyonát,
Lopja-lopja édesanyját,
Bolondítom, hevítem,
Kiáltozza a nevem,
Csiki-Csiki, így hív engem.
Megöllek én, szép szerelmem !

Lui il m’achète des robes en soie, / Des perles, des colliers, des jupes rouges, / Pour moi il dépense sa fortune, / Il vole encore et encore sa mère, / Je le fais marcher, je le chauffe, / Il crie plusieurs fois mon nom. / Tchiki-Tchiki, c’est comme ça qu’il m’appelle. / Mon bel amour, moi je te tue !

Aj Chiki-Chiki, aj ke te merav,…

Lábam termett a táncra,
Szemem a kacsintásra.
Ha táncolok, szikrát szórok,
A világra fittyet hányok !
Bolondítom, hevítem,
Kiáltozza a nevem,
Csiki-Csiki, így hív engem,
Megöllek én szép szerelmem !

Aj Chiki-Chiki, aj ke te merav…
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arnaud maïsetti - 1er mars 2013

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