au pied de la vie (le front touche le ciel)
9 juin 2013





Je serais bien l’enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer,
le petit valet,
suivant l’allée dont le front touche le ciel.


s’il n’y avait entre moi et le ciel, toute la distance entre moi et le ciel impossible à dire ou mesurer, et s’il n’y avait entre moi et la mer abandonnée de la terre abandonné, je le serais bien, aussi.

deux petits vieux, devant moi, sous le pont d’un métro, se tiennent le bras, et avancent dans la fragilité que donne l’âge où le moindre pas pourrait être le dernier, alors il faut bien choisir où le poser, de là les tremblements peut-être (quand je me retournerai à leur niveau ensuite, je verrai que les tremblements viennent aussi de l’alcool, l’alcool jusque dans leurs yeux, cette douceur d’enfance qu’elle donne aux vieillards les plus proches de la fin), et derrière eux, j’avance moi aussi, je vais les dépasser mais j’attends un peu que l’allégorie prenne plus de place en moi, jusqu’au sourire, jusqu’à la cruauté, jusqu’à la douleur qui m’enveloppera tout entier jusqu’à la fin du jour quand j’y repenserai.

j’ai regardé tout à l’heure le calendrier des jours, celui de l’an dernier - j’ai essayé de mesurer la route, elle s’en allait.

comme au pied de la vie, je ne sais qui défie qui - la vie ou mon corps levé au-dessus d’elle pour la voir, au-dessus de mon reflet de cheveux épars, mon reflet qui tremble de toutes leurs forces, à cause des cailloux peut-être jetés là-bas, ou des larmes du ciel aussi qui le trouent, j’en suis couvert, sont-ce les miennes


arnaud maïsetti - 9 juin 2013

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