Avignon | Mémoire d’anges
21 juillet 2013



Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu’on froisse ?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse ?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l’ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine ?
Ange plein de bonté connaissez-vous la haine ?


des vers de Baudelaire, et ceux de Rimb. aussi (encore, toujours) –

L’eau claire ; comme le sel des larmes d’enfance,
l’assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ;
la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes
sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;

l’ébat des anges ; — Non... le courant d’or en marche,
meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d’herbe. Elle
sombre, avant le Ciel bleu pour ciel-de-lit, appelle
pour rideaux l’ombre de la colline et de l’arche.


Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l’hospice blafard,
Comme des exilés, s’en vont d’un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres ?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avide !
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?

ébat des anges oui, vraiment, dans la soif de ce jour-là, du théâtre autour, ou plutôt en bas de la croix dressée pour quel sacrifice maintenant ? (rien que tu théâtre vraiment, scénographie parfaite d’une rédemption dont on ignore désormais quelle faute, et quel rachat)


la foule, les cris du théâtre au pied des murs, nous en nage dans le soir avancé pourtant, et les regards des anges posés sur du sable transformé à force d’art en pierre de sel, derrière les grillages et les serrures dont personne n’a plus la clé, le soleil si haut, et le ciel partout, les ponts interrompus ou en suspension, la ville danse sous les yeux d’un cadavre, et nous allons la rejoindre.

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté ;
Mais de toi je n’implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières !


arnaud maïsetti - 21 juillet 2013

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