au coucher de soleil (comme une harmonie)
25 août 2013





De telles matinées sont réelles, si l’on veut. Mais on y a cette exaltation où la moindre beauté nous grise et nous donne presque, quoique la réalité habituellement ne puisse pas le faire, un plaisir de rêve. La couleur juste de chaque chose vous émeut comme une harmonie, on a envie de pleurer de voir que les roses sont roses ou, si c’est l’hiver, de voir sur les troncs des arbres de belles couleurs vertes presque réfléchissantes, et si un peu de lumière vient toucher ces couleurs, comme par exemple au coucher du soleil où le lilas blanc fait chanter sa blancheur, on se sent inondé de beauté.

Nerval

Seulement c’était le soir, l’impression d’un dernier soir, la Concorde donnait cette sensation d’être sur le point de fermer – si jamais la Concorde pouvait être fermée –, les dernières lumières comme du feu qui ne donnerait aucune cendre, juste le sentiment de la flamme quand elle va s’abattre sur l’absence des arbres, dans le silence des roses et l’effacement définitif des lilas. Il n’y a pas de rêve.

Le rêve, la couleur juste de chaque chose qui donne envie de pleurer, on l’éprouverait plutôt le matin quand il est couvert de suie ; au matin, la pluie qui lave, une manière de commencement, on sait qu’elle ne va pas durer. Le rêve de cette nuit : il fallait survivre dans le métro, je connaissais une cachette sous Strasbourg-Saint-Denis, j’avais écris un chapitre dans un livre impubliable qui décrivait cette cachette, c’est qu’elle devait bien exister quelque part : on passerait quelques années dans cette cachette, ensuite, quand tout le monde serait mort, entretué, on reviendrait voir le ciel, lui serait là.

Soit ces lumières. Si je leur accorde tout le prix des choses, c’est parce qu’y réside le sens des commencements et des fins. Que les commencements sont toujours des fins. Qu’ils importent davantage ; qu’à naître il faut sans cesse travailler, je l’ai appris en regardant ces lumières et dans les rêves que j’ai pu faire le soir, pendant cette vie, tout en dormant.

Dans le jardin des plantes, il y a la sculpture d’un vieillard qui tient, mélancolique et songeur, un œuf. Je voudrais un jour prendre cette image. Je ne l’ai pas. Je n’ai que ces lumières, ce soir, du soir qui n’est pas ce soir, pour penser au vieillard, à l’œuf – les fins, les commencements, toute la justesse des choses. Autour, il y a peut-être des lilas, je ne sais pas. Il devrait toujours y avoir des lilas autour des vieillards en pierre qui regarde, songeur mélancolique, un œuf, devant un garçon qui le regarde, plus mélancolique encore et plus songeur.

L’inondation. Je cherche l’endroit où je peux la voir (sommet de la ville). L’endroit où toute la pluie vient tomber, au pied de soi ou des jouets cassés, pour simplement rendre plus vives la lumière, et nos regards sous les cheveux défaits, en désordre d’eau, ruisselants dans le désir de les mêler, mordre. Fin du rêve : après dix minutes dans la cachette, je sors parce que le métro est éventré, et que tout le monde cesse de s’entretuer pour voir l’orage tomber fort, une pluie qui ne s’abat que sur dix mètres, dans le trou où je suis (là-dessus, je crie, et m’éveille).

Si je ne pleure jamais dans mes rêves, j’y vois beaucoup de pluie, et beaucoup de couchers de soleil interminables.


arnaud maïsetti - 25 août 2013

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu

_ciels _corps _Gérard de Nerval _Journal | contretemps _lumière _Paris _soleil _ville