la ville n’est pas loin (sur les lèvres, les cavatines)
29 septembre 2013




Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche
,


Au cœur de la ville vraiment. Nouveau manteau pour l’hiver (ai appris seulement hier que c’était dans l’automne qu’on était – peut-être d’avoir basculé sans le savoir m’en préserve ; je le crois.) Nouvelles chaussures aussi – c’est par des stratagèmes comme cela qu’on renouvelle le temps, ou via ces talismans qu’on le traverse ; peut-être est-ce d’avoir marché tard (plus d’un an ?), je ne finis pas d’apprendre à marcher (je sais bien que marcher n’est qu’une longue chute retenue, la fragilité d’un équilibre, le déséquilibre pour accompagner la terre dans sa propre chute (comme un enfant)).

Arènes de Lutèce (ici la ville change de nom). Il va pleuvoir (maintenant que j’écris cela, il pleut). À l’est, très chargé ; à l’ouest, évidemment, tellement moins (parce que c’est de là que). Au nord, je ne sais pas – et le sud est si loin. Ici dans la douceur du temps, seulement pour l’arrêter. Dehors sont les routes, les mauvaises, celles que les voitures empruntent pour ne pas aller, mais rentrer, ou sortir. Dehors partout, au-delà des arènes sont les bruits. Ici, dans le dedans d’une ville ancienne, seulement, ceux qui apprennent à leur enfant à poser un pas après l’autre pour aller, non pas d’un point à un autre, mais sur le sable du monde, pour avancer.

Nous sommes seuls à le savoir, qu’on est là pour toujours.

Je m’éloigne pour regarder la ville qui voudrait se dresser mais qui semble retomber, lointain – débandade aux alentours de six heures, un dimanche.

Temps au-dessus de moi qui est le mien, d’orage qui n’éclate pas, pas encore ; peut-être après le coup de vent, laissera place enfin à ce qui doit. Pour l’heure, ce sont des jours de rien, où ne pas savoir où, ni quand, et suspendu à un fil. Mais le fil ne compte pas. Je sais les lois de la gravité qui sont centralité essentielle. Je sais – les talismans.

Je regarde encore un peu au sol, les enfants d’un an apprendre à ne pas tomber, ou à tomber, mais plus lentement (une vie pour cela) ; et incapable de savoir quelle ville il est, demain – je regarde un peu, lentement, doucement ; pour l’accepter.

Je ne comprends pas très bien la chute du jour, et où il tombe. Mais je sais ce qui m’en protège.

Et que vivent sur nos lèvres les cavatines.


arnaud maïsetti - 29 septembre 2013

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