La pellicule brûlée du réel : Joachim Gatti
13 juillet 2009


Pellicule brûlée du jour sur le fleuve qui ne passe que pour s’effondrer dans la vallée.

Hier, une partie de l’après-midi devant l’écran, regarder le bruit du monde se faire dans l’insolence et le mépris, le silence : à n’entendre que le silence du monde autour : personne pour reprendre, pour dire — on a tiré sur un homme parce qu’il voulait se tenir debout, on a tiré à cinq mètres, avec armes non-léthales (ou sub-léthales : les mots du pouvoir ne sont jamais assez abjects : il leur faut ajouter à la violence, la laideur froide et objective de la taxinomie administrative) : les violences policières ne sont rien, mais comment elles sont cachées, tues, et niées. Les mensonges ne sont rien, mais comment ils nous sont jetés en crachats : c’est nous-même qu’on piétine, et plus que nous : la honte d’être un homme, par dessous tout, dans la gorge.

Personne donc pour relayer — mais les informations passent tout de même, dans les sites de grande vigilance ; éthique de la transmission élevée en résistance : on a tiré sur le visage d’un homme : il a perdu un œil.

On a tiré sur Joachim Gatti, au flashball, à bout portant ou presque : cinq mètres, on a tiré sur un homme en réponse à cette seule provocation : sa présence devant le centre social qu’il animait, avec tant d’autres : clinique abandonnée occupée, investie — transformée en centre de logements, salle de projections de film, lieu d’accueil et et de conseil aux sans-papiers, cantine pour ceux dans le besoin. "Vies militantes, collectives, communautaires" écrit son père, le réalisateur Stéphane Gatti.

Une commune locale : on a tiré sur lui parce que sans doute la commune insultait leur ordre disposé en deux — avec (et sans) papier, avec (et sans) travail, avec (et sans) identité nationale, avec (et sans) argent, avec (et sans).

Le monde organisé en communes, la commune telle qu’elle s’impose, doit s’imposer : s’imposera, malgré tout, parce que le monde n’y suffira pas.
Pensées à l’homme qui a perdu un œil.

Sur la pellicule brûlée du réel, ce qui va se révéler, après la douleur, après la peur, après la colère, c’est la tache aveugle du pouvoir sur laquelle continueront à se constituer les communes.

arnaud maïsetti - 13 juillet 2009

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