vers Montpellier (et sa lumière nette)
29 novembre 2013



Long ciel de traîne, de Paris jusqu’à la neige : quand la neige apparaît sur la vitre du train, le ciel se lève, évidemment ; et c’est immense, on ne le mesure pas, c’est là. S’isoler des conversations vulgaires dans la rame de la voiture, cette personnalité qui tient salon au milieu de nous autres, bas peuple, qui nous fait tant sentir qu’on n’est pas du même monde. J’augmente la musique dans mes oreilles, doucement, ferme les yeux. Puis, c’est sur le quai, dehors, un froid plus vif de n’être protégé par aucun couvercle, je ne m’y attends pas. Montpellier, tout au bout de Paris.

L’apprentissage d’une ville inconnue, c’est toujours en se perdant. Après l’arrivée à l’hôtel, une longue heure dans les rues qui m’entourent, étrange de sentir les circulations neuves, et tout à la fois, cette ville qui semble d’autres mieux connues (un peu Bordeaux, un peu Rennes, un peu Metz, un peu Grenoble). Oui, décidément les villes de cette taille paraissent obéir aux mêmes lois, j’ai l’impression : autour de la gare une place qu’on élargit, le choix minéral pour des dalles grises qui déshumanisent tout, font place nette : chaque ville semble l’autre. Des tramways hideux passent silencieusement, et cependant on ne voit qu’eux. Mais en chacune, du singulier, imperceptible, évident.

Je remarque immédiatement l’absence de fleuve, rien qu’à l’organisation des rues.

La grande place du théâtre, je la vois aussi, m’y arrête longuement — à cause de la lumière qu’elle laisse filer, diffuse, tranchée, rasante comme effilée.

Le soir tombe vite, écroulé.

Je rentre en même temps que lui — travailler de nouveau quelques heures pour le texte de demain : une dérive qui m’emmène loin, un rêve égaré (où ?)

La nuit, lire dans une chambre étrangère, impersonnelle, et pour cela habitable, l’accueil même.

Demain, la curiosité du ciel, et le désir des lignes de partage.


arnaud maïsetti - 29 novembre 2013

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu

_ciels _écritures numériques _François Bon _inventer le web _Journal | contretemps _lumière