le vingt-et-un décembre, d’hiver (son miracle demain)
21 décembre 2013





Sur les routes, par des nuits d’hiver, sans gîte, sans habits, sans pain, une voix étreignait mon cœur gelé : "Faiblesse ou force : te voilà, c’est la force. Tu ne sais ni où tu vas ni pourquoi tu vas, entre partout, réponds à tout. On ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre." Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu.

Vingt-et-un décembre ce soir perdu, ce jour rétracté sur lui-même : moins de neuf heures de jour et la nuit dès cinq heures — tous les ans, oui tous les ans la même pensée : quand la lumière est si rapide et si faible, songer à la possibilité qu’elle n’ait pas la force de se lancer demain à l’assaut de la nuit, et que la nuit finisse par se rejoindre d’un crépuscule à l’autre.

Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d’avant-hier,
Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !

Hiver, comme le premier jour de tous les autres : dans les mythes, l’histoire abolie au profit de cette fable : la terre à sa création s’est chargée d’une énergie immense que toute l’année elle épuise, et qu’un jour un seul est capable de réinventer pour de nouveau la relancer et pour une année durant — ce jour d’hiver est celui-là : tentation ce soir (comme tous les ans, et plus encore cette année) des pensées magiques (l’impression que chaque geste qu’on y appose a charge de cela) — il faut croire que la terre accepte encore nos gestes.


Il est l’affection et le présent puisqu’il a fait la maison ouverte à l’hiver écumeux et à la rumeur de l’été — lui qui a purifié les boissons et les aliments — lui qui est le charme des lieux fuyant et le délice surhumain des stations. — Il est l’affection et l’avenir, la force et l’amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d’extase.

C’est un miracle évidemment, une pensée magique, une croyance. Demain, il fera jour plus longtemps (mais comment le croire ?). Je lèverai le visage au ciel, et d’autres les paumes : la vie durera davantage, oui (et la nuit, quand j’y entrerai, sera une part du jour, et non l’inverse). Jour d’hiver, oui — (pas étonnant que ces jours, sensation que cela file à toute vitesse) mais ce dans quoi je rentre n’est pas le froid, la nuit, l’ombre des jours de cendres : plutôt l’accroissement permanent du jour, je le veux.


Il nous a connus tous et nous a tous aimés, sachons, cette nuit d’hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, — ses souffles — son corps, — son jour.

C’est un miracle, il nous accepte — on avance désormais vers lui.


arnaud maïsetti - 21 décembre 2013

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