Sous les arches, Quai Ouest
3 février 2014



Ce lundi, deuxième séance de l’atelier Quai Ouest avec les étudiants d’Aix-Marseille — atelier transversal pour première, deuxième et troisième année de DEUST Arts des métiers de la scène. Jouer avec le texte, plutôt que mettre en scène la pièce : approche de cette machine étrange qu’est cette œuvre de Koltès, immense. Manière de travailler sur la perception, la diction, la relation, l’écriture dramatique qui déjoue les codes de la représentation en les jouant, travail sur l’espace : une approche, oui.

La salle de travail est située loin de l’université, il faut marcher un peu, passer sur un pont minuscule qui enjambe l’autoroute, passer sous un pont immense qui enjambe le pont minuscule, et en longeant ensuite la voie rapide, quand on aperçoit la Sainte-Victoire, c’est à droite : des salles de cours du département de psychologie, qu’on nous donne comme plateau de répétition [1].

J’avais repéré, la semaine passée, ce grand espace sous le viaduc. J’étais revenu, le soir, pour voir de plus près : il faisait déjà nuit. Mais cet après-midi, puisque le soleil est là, et le froid moins présent, on se rend sous les arches : c’est là qu’une partie de la séance, on la passera.

Bien sûr, le théâtre dans les salles, la clôture, l’interruption du réel : tout cela est si essentiel. Et puis, on a tellement vu des Koltès ou des Beckett dans des grands hangars, des lieux abandonnés, qu’on sait aussi le prix qu’offre la fiction de l’espace pour l’imaginaire, l’analogie qui traverse l’enfermement seulement à condition de l’enfermement. Mais pour un travail sur, tout ce décor de pierre et de ciel sonne juste. Et j’ai cette faiblesse de plus en plus aimer la scène quand elle est dépossédée de ses cintres.

Manière aussi de parler de ces endroits auxquels la ville renonce, qui sont des territoires. Occasion de parler de ces conquêtes, ici, dehors ; les lieux qui sont des zones blanches sur des cartes.

Quelques images pendant que les étudiants travaillent sur quelques scènes, pendant que le soleil tombe : à cinq heures, c’est grande lumière, et à six heures, nuit noire. Entre les deux, il aura fallu crier, et courir, et dire les mots, non pas à cause des mots, mais des lieux, et avec eux.

Sur toutes ces images il faut imaginer le bruit infernal de l’autoroute, des trains qui passent à intervalles fixes, d’un ruisseau qui traverse en contre-bas — et sous les regards amusés d’un type, qui vit là, dans une caravane, et cet après-midi là aura fait un feu de quelques palettes de bois et d’objets en plastiques. Il regardera de loin, et nous parlera en russe, je ne sais pas, je ne comprends pas le russe — Abad peut-être.



arnaud maïsetti - 3 février 2014

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[1Revenir, dans une autre note sans doute, sur le statut du théâtre dans nos universités, comme il est difficile d’obtenir des outils d’exigence à la hauteurs des exigences qu’on demande au travail…

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