Aix | ces feux à la pluie du vent (les filles perdues)
4 février 2014



Ce soir une dernière fois (cette fois la dernière) je relis et corrige et annote les dernières pages de cette pièce que j’aurais donc mis six mois à écrire — ai laissé le temps et l’espace entre moi et elle pour qu’elle devienne suffisamment étrangère, et je m’en dépossède maintenant ; je sais où en moi elle est allée, et où je ne l’ai pas suffisamment conduite aussi, je le sais.

Ce soir, quand je descends le cour Sextius en y pensant vaguement, je pense surtout à la phrase de Rimb. qui avait conduit tout ce travail (intérieur), et je lève la tête, regardant le ciel, je comprends un peu mieux pourquoi.



— Ces feux à la pluie du vent de diamants jetée par le cœur terrestre éternellement carbonisé pour nous. — Ô monde !


Les mots de feux, de pluie, de vent, celui de diamants pour la grêle et du geste que lance le noyau de la terre meuble, les geysers de volcans qui poussent dans le corps et sur toutes surfaces, les cris, ce que le monde lance à la face du monde qu’il puise en lui pour en déposer sur toutes choses sa langue brûlante, en regard de quoi mes mains sont légères et mon corps en pâture au vent — phrase qui amasse en elle le geste d’écrire et sa dispersion, la commune force qui relie la terre à nos mouvements dérisoires sur la page, qu’on recommencera pourtant.

Mais plus loin, cette phrase aussi.



O douceurs, ô monde, ô musique ! Et là, les formes, les sueurs, les chevelures et les yeux, flottant. Et les larmes blanches, bouillantes, - ô douceurs ! - et la voix féminine arrivée au fond des volcans et des grottes arctiques...


Écrire pour rien d’autre que ce geste, son minuscule, sa fragilité de geste dans le vent, n’y déposer rien d’autre que cela dans le vent qui emporte le vent.

Ce soir donc, je lève la tête, et le cri des mouettes est immense comme le ciel complètement là, et bientôt couchée sur lui-même, abattue par les cris peut-être, et la lumière d’or et de feux oui, qui se dresse entre moi et le ciel, et ma pièce morte d’avoir été écrite, doucement en moi va reposer, silencieusement, silencieusement refermée sur elle-même, je fais le tour de la place pour chercher l’angle où le soleil se couche, sous le regard des corps dressés qui étrangement prennent la silhouettes des quatre filles perdues,

et c’est là.


arnaud maïsetti - 4 février 2014

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu

_Arthur Rimbaud _cheveux _ciels _lumière _photographies _théâtre