ab irato (l’impitoyable)
23 février 2014




J’aurais écouté Callous Sun dans une tendre rage ce soir, lentement pour l’apaiser en moi, ou pour éprouver davantage la lumière qui est si loin où je la respire, où je voudrais qu’elle soit.

J’aurais devant les pages rédigées tout à l’heure voulu souffler comme sur des cendres — tout qui se serait éparpillé.

J’aurais derrière moi quand la ville s’éloigne désiré retenir toute la vitesse du monde, et dire je reviens.

J’aurais remonté cette ville-là, dans le noir, et aux angles les tours de verre, tourner, et passer par le Cour les amandiers comme des branches mortes tordues, monter vers les étages, s’arrêter avant le ciel.

J’aurais voulu retrouver le passage de Pessoa qui m’aurait sauvé ce soir.

J’aurais regardé ensuite rapidement les images d’arbres en fleurs déjà, en réclamant du temps encore.

J’aurais eu du sang sur les lèvres, qui ne serait pas venu de la rage.

J’aurais pensé : pourquoi ces phrases, quand je les voudrais plus rapides sur le nerfs des choses, plus raides encore, plus vives sur la pente vive du réel, pourquoi quand je voudrais l’allure de l’effacement, cette pesanteur du mot qui ancre. Ma lenteur me désarme, celle qui s’écrit à chacune de mes phrases, celle qui conduit cette vie, celle qui tout autour de moi leste.

C’est un long chemin de la rage jusqu’à l’accepter ainsi, plus lente encore comme elle fait advenir ce qui apaise la rage et la relance.

J’ai retrouvé par hasard cette page, à cause de Callous Sun — je me demande ce qui me lie à ce garçon. (Tout).

Les pages que je noircis ici n’ont pas d’autres raisons, une mémoire retard qui efface le souvenir, en l’inventant. J’écoute Shannon Wright ce soir, en travaillant le cours de demain.

Il n’y a pas de rapport entre le ciel et la page que je lis, en dehors de moi qui est l’exacte intersection du ciel et de cette page, aurais-je pensé dans la rage encore.

(La colère de n’être pas ailleurs)

Des cheveux entre les doigts, comme un désir de moins, un de plus qui est toute la rage de tourner ces pages et ces jours et ces mois, et comme du maquillage coulé sur mon visage qui n’en aura jamais porté ; oh ce qui reste et restera toujours à force d’être lentement arraché.

Et quelque chose recommence.


arnaud maïsetti - 23 février 2014

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