Koltès, Généalogies, Christophe Bident | Publie.net
16 mars 2014



Vient de paraître, et c’est grande joie à bien des égards, la réédition numérique de l’ouvrage de Christophe Bident, Généalogies, l’un des textes les plus importants parus sur Bernard-Marie Koltès, en 2000, aux éditions Farrago. L’ouvrage est aujourd’hui indisponible, et il était impensable de le voir disparaître. Christophe nous fait l’amitié de nous le confier — son geste est d’autant plus significatif s’agissant d’un ouvrage de cette importance.

Le livre ressort donc et continuera à être l’appui essentiel pour les études koltésiennes qui n’ont cessé de dialoguer avec lui — sur la question politique de la communauté et de la solitude, sur les enjeux de langue et d’écriture, sur les résonances éthiques, sur sa douloureuse et essentielle inscription au temps.

Pour moi, comment ne pas dire combien cet ouvrage fut d’autant plus décisif qu’il a été de violente incitation quand j’ai commencé mon travail sur cet auteur, travail qu’aura conduit et accompagné Christophe.

La (re)lecture de Généalogies prend un écho singulier aujourd’hui avec la parution simultanée d’un essai qui prolonge la réflexion ouverte : Christophe Bident publie en effet ce mois Koltès, le sens du monde aux éditions des Solitaires Intempestifs. Un dialogue à distance se fait entre les deux ouvrages — via l’approche par les Lettres récemment parues qui réaccentuent la relation singulière de l’œuvre de Koltès à ses proches et à son monde. J’y reviendrai évidemment ces prochains jours, tant Le Sens du monde est de même ampleur que les Généalogies, qu’il approche l’œuvre au lieu où elle nous semble la plus vive : là où la relation est à la fois déchirure et reliance.

Publie.net propose Généalogies en version numérique, et dans quelques jours, une version papier en impression à la demande.


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Avertissement à la présente édition

Le lecteur trouvera ici, quasiment intactes, les pages qui composèrent, en 2000, mon premier livre sur Koltès, Généalogies, alors publié aux éditions Farrago dirigées par Jean-Pierre Boyer qui m’avait fait l’amitié de les y accueillir.

Au moment où je publie mon second livre sur Koltès, Le Sens du monde, je remercie vivement Arnaud Maïsetti et François Bon de reprendre le premier dans une version électronique et imprimable chez publie.net. Je les remercie par principe, parce qu’ils redonnent vie à un livre presque introuvable depuis que les éditions Farrago ont dû cesser leurs activités. Je les remercie aussi parce qu’ils sont tous deux fins et forts lecteurs de Koltès.

Quatorze ans après une première publication, j’aurais pu retoucher ou réécrire tel ou tel passage. Il y a des choses, sur la dramaturgie ou l’être-ensemble, que j’aurais pu formuler autrement, peut-être moins radicalement. J’ai préféré laisser le livre intact, comme une sorte de témoignage de ce que je pouvais écrire alors sur Koltès, et de ce que les lecteurs ont pu alors y trouver.

Ultime précision : le seul livre de correspondances de Koltès alors connu avait été édité l’année précédente, en 1999, par les Bibliothèques–Médiathèques de la ville de Metz. Il s’agissait d’un choix de lettres, la plupart de jeunesse, mises à disposition par François Koltès. Le petit livre comportait des illustrations : photographies de l’écrivain et de membres de sa famille, documents divers, notamment des lettres en fac-simile. C’est à ce volume, composé par Philippe Hoch, faiblement diffusé, qu’allaient les références aux correspondances. Pour la commodité du lecteur, les références au volume des Lettres édité dix ans plus tard, en 2009, aux éditions de Minuit, remplacent ici les précédentes.

Christophe Bident


Présentation de l’ouvrage

Visage rimbaldien, destin romantique, culture sur les marges, écriture de l’affrontement : tout a prêté, en un temps “fin de siècle” de réaction, de démenti et de disparition, à cette édification soudaine d’un mythe dont un homme et une oeuvre, surtout, éprouvent d’infinies difficultés à se démettre. Brutalement, sous les diverses formes de l’indexation au répertoire, de l’héritage, du recyclage, l’oeuvre fut récupérée au nom édulcoré de sa révolte même. Curieusement, alors qu’il est ainsi adulé par le public théâtral, les comédiens et les metteurs en scène, les étudiants, les jeunes, en France et encore davantage à l’étranger, l’auteur reste plutôt ignoré du milieu proprement littéraire. L’étonnante étanchéité contemporaine de la pensée et de la scène n’explique pas tout. De ce clivage entre le mythe et l’ignorance, il importe de finir rapidement. Contrer la rareté du livre critique et l’abondance spectaculaire des revues (leur côté parade), désenclaver l’oeuvre de Koltès d’une analyse presque exclusivement dramaturgique (ou d’une approche outrancièrement testimoniale), en élargir le champ référentiel, en faire valoir la tension poétique et la portée philosophique, permettre ainsi une ouverture de la lecture, toujours propice à la diversification des créations scéniques, telle est donc l’ambition avouée de cet essai.

CB.


arnaud maïsetti - 16 mars 2014

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