Autre Savoir | l’univers miscroscopiques
3 janvier 2018


Un projet : amassé les savoirs autres. Ceux qui décidément nous échappent. Rêver à partir des conquêtes de la science : celle qui, définitivement, nous abandonne.

« Savoir. Autre savoir ici. Pas savoir pour renseignements. Savoir pour devenir musicienne de la vérité »

Henri Michaux, « L’espace aux ombres », Face aux verrous, 1967


— #1 Le soleil s’est renversé
— #2 Dater la naissance du langage
— #3 Le cri des arbres quand ils chantent
— #4 Des mots intraduisibles
— #5 Parler pour les siècles
— #6 Vie et mort du XIXe s.


Une seule chose est plus incompréhensible que l’univers : la photographie. Quand on photographie l’univers, on alors échappe à toute raison. Et puis, on ne sait plus vraiment d’où on prend l’image, ni à qui. Est-ce qu’on est au-dehors ? Ou du dehors, vers quel dedans ? On ne sait pas, on ne sait rien, sauf qu’on est une part de ce dedans qu’on perçoit du dehors : on regarde.

Dans l’immense, il n’y a rien de plus grand : la lumière occupe tant d’espace qu’elle parcourt du temps, des siècles — et même du passé. Tout cela est évidemment incompréhensible. On regarde encore, on perçoit ce qui n’existe plus depuis si longtemps ; peut-être d’autres lumières plus vives encore ont fait le vide et rempli tout l’espace jusqu’à nous.

Le Tilt-Shift est aussi incompréhensible que l’univers et la photographie pris ensemble : alors quand on applique le Tilt-Shift pour prendre en photo l’univers, vous rendez les armes. Avec le Tilt-Shift, on travaille la profondeur de champ pour lever deux zones de floue – une, à l’avant-plan, l’autre à l’arrière-plan – et dégager ainsi un sujet principal, central. C’est évidemment plus compliqué que cela [1] — il y est question de basculer la lentille de l’appareil dans une orientation spécifique. Magie que tout cela, sortilège, maléfice dont je me tiens éloigné. Je regarde [2]

De l’univers immense et loin surgissent des miniatures d’enfant observées de si près, comme en s’allongeant sur le sol on observerait les insectes, les poussières de poussières autour. De l’univers en entier, on aurait des fragments d’enfance, arrachés à la poussière d’où il se dresse immanquablement, et retourne, et repose sans cesse depuis des siècles perdus. Il suffit de regarder encore. Il suffit de s’allonger, de se pencher.

Le monde rendu à sa petitesse la plus gigantesque : c’est cela. Et entre deux flous, percevoir d’où nous venons et allons, le chaos, immanquablement, l’abîme grandiose et évanescent comme de la poussière, lorsque, penché, nous respirons soudainement trop fort, et que tout s’évanouit.









arnaud maïsetti - 3 janvier 2018

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arnaud maïsetti | carnets




[1L’article Wikipedia auquel je renvoie est surmonté de ce cri d’alarme désespéré et bien sûr vain : « This article may be confusing or unclear to readers. Please help us clarify the article. »…

[2C’est un certain ScienceLlama, gloire à lui, qui a travaillé des images disponibles sur le net avec cette technique, qu’il a postées sur Imgur.

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