À un ami | « Décembre 2006. Le navire national fait eau de toutes parts. »
12 novembre 2014


Par le Parti Imaginaire.


Décembre 2006. Le navire national fait eau de toutes parts. Il n’en surnagera bientôt que le poste de vigie. La France brûle, et fait naufrage. Cela est bon. Cela ravive les souvenirs. Les écoles en feu flambent en mémoire des générations de prolétaires qui y prirent l’amer goût des horaires, du travail et de l’obéissance, qui incorporèrent là le sentiment de leur pleine infériorité. Ceux qui ne vont plus voter honorent les insurgés de Juin 1848, cette « révolte d’anges rebelles qui, depuis, ne se relevèrent plus » (Cœurderoy), et que l’on passa par les baïonnettes au nom du suffrage universel. Les intellectuels de gauche se demandent à la radio si le gouvernement aura le courage d’en- voyer l’armée en banlieue comme leurs ancêtres applaudissaient les généraux qui, de retour d’Algérie, massacraient les prolétaires parisiens ainsi qu’ils avaient pris l’habitude de civiliser les indigènes.

Aujourd’hui comme hier, cette espèce de salaud se dit républicain et parle de « canaille ». Les prisonniers d’Action directe ont depuis longtemps dépassé leur peine de sûreté. Régis Schleicher concurrencera bientôt Blanqui en fait de longévité carcérale. L’armée s’entraîne plus que jamais pour la vieille guerre des rues. En France, l’horloge historique reste bloquée en mai 1871. La question communiste est invisiblement la seule question qui hante tous les rapports sociaux, même les histoires de cul. L’univers piaffe sur place. Le 31 mars dernier, une manifestation sauvage de 4000 têtes dure plus de huit heures, de l’intervention du président de la gâteuse République – il vient d’annoncer au journal télévisé le maintien du CPE – à quatre heures du matin. Elle veut aller sur l’Élysée, oblique à la Concorde sur l’Assemblée nationale, qu’elle échoue à investir par manque de maté- riel, d’armement, même chose pour le Sénat. Au fil de la marche, la détermination croît. Une scansion martiale la porte : « Paris, debout, réveille-toi ! » C’est un ordre.

Sur le boulevard de Sébastopol puis de Magenta, les vitrines des banques et des agences de travail intérimaire commencent à tomber une après l’autre, méthodiquement. Des prostituées de Pigalle saluent d’une fenêtre. La foule monte en courant sur le Sacré-Cœur au cri de « Vive la Commune ! » La porte de la crypte ne cède pas ; dommage, on aurait pu l’incendier. En redescendant, dans une petite rue, au troisième étage, une dame en nuisette est accoudée à son balcon, elle a mis à tue-tête Les Mauvais Jours finiront. La permanence de l’infect Pierre Lellouche va bientôt être saccagée. Il est trois heures du matin. Le passé ne passe pas.

L’incendie de Paris sera le digne achèvement de l’œuvre de destruction du baron Haussmann.


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