A voté ?
29 mars 2015



Traverser l’avenue et se rendre dans ce qu’on devine être un centre d’activités pour personnes plongées dans l’ennui (l’enfance et la vieillesse ont peut-être ceci en commun pour les pouvoirs publics : occuper le temps des enfants et des vieillards). Entre les affiches de cours de danses et de cartes, traverser un premier bureau de vote, accéder au second, vide.

Puisqu’il faut bien voter : second tour, comme une réplique (le coup de tonnerre permanent), ou une répétition (théâtrale ? pas seulement). On dit pourtant que la foudre ne tombe jamais deux fois au même moment. On dit aussi démocratie qu’on confond avec la colère et l’ignorance, la bêtise et la haine ; l’isoloir et le défouloir : l’instrument de libération des masses est devenue son pire ennemi. Le peuple vote contre lui-même, sans le savoir – peut-être même qu’il le sait, et c’est pourquoi il vote : par curiosité de sa propre catastrophe. Ou par négligence.

Décidément, les voies de la lutte des classes sont impénétrables. La catastrophe est toujours comme le pire : jamais certain, toujours possible.

Canton 23, Marseille - 12 ; le premier tour comme ces routes qui tournent sans fin sur elles-mêmes. Ou comme le coyote au-dessus du vide, qui continue de courir (ce moment juste avant qu’il ne regarde sous lui). Les forces réactionnaires sont là. Et le reste ? Éparpillé au fond du fossé, et nous avec.

C’est donc le choix entre deux bulletins contre lesquels il aurait fallu choisir. Mais non. Choisir pour l’un des deux partis sans doute les plus réactionnaires depuis l’après-guerre ; entre eux et soi, l’injonction morale : voter, exercer cette liberté-là.

Le faire très rapidement. Finalement, ne pas hésiter : ne pas même se saisir de l’autre bulletin, et faire le choix républicain, oui. Mais il y a quinze ans, en 2002, on savait que la différence était de nature ; aujourd’hui, effleurer l’idée que la distinction n’est plus que de degré.

Dans ce bureau de vote des quartiers sans histoires de Marseille, au cœur asséché de l’ancien cœur commercial (tout près de la rue Paradis), faire ce choix-là puisqu’il n’y en a plus d’autres : mais se dire que ce n’est pas un choix (posséder au moins cette certitude-là, elle sauve un peu).

On pourrait se perdre dans l’analyse (et sans doute le faudra-t-il), trouver les raisons de cette banalité, voir les particularismes locaux qui sont des révélateurs nationaux (ou l’inverse) ; et surtout, chercher des moyens, à l’échelle de fourmi où chacun on se trouve, d’agir pour n’avoir plus à faire ce choix : ou plutôt, pour, la prochaine fois, retrouver la possibilité de choisir.

Image : carte électorale, lendemain du premier tour, Gare Saint-Charles (et toujours la pluie)

arnaud maïsetti - 29 mars 2015

Licence Creative Commons





arnaud maïsetti | carnets




par le milieu

_décramotie _Interventions _le monde qui va _politiques & commune _révolutions ?