dans le jour qui s’épuise
20 avril 2015



Marche dans le jour qui s’épuise. Cherche les adresses intérieures, les portes qu’il faudrait affronter à mains nues et qui ne s’ouvriront jamais. Conserve au moins pour toi les traces laissées sur les poings, et le sang perdu. Ne possède pas plus de certitudes qu’une et une seule : celle-ci : n’en posséder pas plus qu’une seule à la fois.

Par exemple : marcher dans le jour qui s’épuise pensant être celui qui marche dans la nuit qui reprend pied. Et puis l’abandonner quelque part, ici peut-être, mieux l’oublier, mieux franchir.

Passe.

Observe les ruines danser par-dessus le gouffre rien qu’en lisant le journal, ou à entendre la radio – pour mieux l’éteindre, écoute la radio chaque matin –, compte les morts qui tiennent lieu d’actualité en temps réel du réel échoué sur les plages de ce monde levé pour cela, puisqu’échouer est une façon de ne pas habiter ce monde, et de recommencer.

Recommence.

Lis dans le Château Intérieur de Thérèse d’Avila seulement le titre, et crache le cadavre d’un dieu jamais assez caché ; et dans Que Faire ? , le courage de voir le monde défait, et d’en porter sa propre charge sur les épaules ne l’allège pas, mais t’emporte.

Rêve aux jungles et aux ruines levées sur les siècles comme d’un lieu où pour mourir il faudrait au moins la force de les perdre suffisamment en soi pour les retrouver, et s’allonger sur la pierre.

Garde la colère comme un troupeau que la nuit tu lâcherais au milieu des loups par centaines.

Participe au monde suffisamment pour en changer la structure, un pas après l’autre, à l’horizon de ta marche.

Renonce à ce que tu crois, pour ne t’attacher qu’à ce que tu désires.

Choisis les morts auprès de qui vivre, et oublie les vivants si vivants d’eux-mêmes qu’ils ne savent pas qu’ils sont poussières sur chacune de leurs paroles. Souffle lentement avec le vent pour t’y confondre lentement avec le souffle et respirer la poussière qui s’éloigne.

N’éprouve aucune pitié pour ce monde de cendres ; mais reconnaissance à ceux qui donnent armes et courage pour aller.

Repose en toi les morts qui donne force de vivre encore, malgré tout.

Qu’à l’écriture ne soit attaché aucun privilège, hors celui de s’inventer autrement dans la blessure les vies imaginaires où résister au monde.

Prends les insultes et le mépris qui t’assaillent, ne les néglige pas, avale-les longuement comme de l’eau de mer, celle qui donne soif davantage, et sur les plaies réveille les blessures oubliées, qui ravive.

Marche dans le jour qui s’épuise et n’épuise rien.

Et d’autres pensées qu’en remontant la rue de Rome je formulais à voix basse, dans l’épuisement, lentement, secrètement.


arnaud maïsetti - 20 avril 2015

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