Paris, le froid et l’exil
26 novembre 2015




C’est le froid soudain. L’entrée dans une saison qu’on sait déjà infinie, celle de la nuit dès cinq heures, des manteaux lourds, de la neige bientôt et des cafés brûlants, de la guerre et des raisons qu’on nous trouvera pour l’accepter, du cadavre du premier homme tombé dehors dans la rue, de l’annonce à la radio du premier mort de froid, de son nom qui restera inconnu, c’est la ville quand elle rentre chez elle et qu’elle allume les lumières dans son ventre, et que le dernier ferme la porte, c’est la saison des frontières et des élections perdues, de la paire de gants que je laisserai fatalement dans un bus, de l’odeur des marrons brûlés à la sortie du métro, c’est tout cela qui commence comme toujours par simplement ce regard vers le ciel et le sentiment d’une année pas encore passée, de l’année pas encore nouvelle.

C’est cette semaine le retour à Paris comme un exil ; l’apprentissage de la ville par ses souterrains : de Pantin à Alfortville, c’est traverser la ville seulement sous sa peau ; c’est écrire ensemble dans cette salle chauffée un texte destiné à n’être pas un texte, c’est penser les corps à l’endroit où ils pourraient s’inventer, c’est peut-être se tromper, c’est se tromper et recommencer ; c’est apprendre à être loin ici ; c’est Paris comme de la pluie, celle qu’on voudrait traverser le plus vite possible pour s’en éloigner et pourtant ; c’est dormir à peine ; c’est penser comme le ciel manque, comme manque surtout ce qui donne à la vie ce qui la justifie ; c’est rêver la vie naître vraiment et plus sûrement que sur la page et les scènes vides ; c’est adresser ces dernières pensées à cette vie-là le soir et les premières le matin ;

et c’est regarder le soir Vertigo sur la ville éteinte.


arnaud maïsetti - 26 novembre 2015

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