Occupation de l’espace public
6 décembre 2015


On est une heure avant les résultats d’élections dont on sait les résultats. Depuis des semaines déjà, on sait. On entre dans des temps de secousse, ceux vers lesquels dans quinze ans, on se retournera en pensant : on ne pensait pas que ça allait être si dur. Si, on savait. Bien sûr, on sait. Dans les rues de ce pays, ils savent, ils le font en connaissance de cause. Ils votent comme on crache sur un homme par terre, ils votent comme on insulte silencieusement, ils votent comme on fabrique des murs ou comme on lève des miradors pour surveiller des frontières que l’histoire avait voulu enfin retirer. Partout dans nos villes, il faut se préparer à ces temps. Comment ?

Dans les hystéries médiatiques qui tiennent aujourd’hui lieu de débat politique, il faudrait bien sûr savoir ne pas se mêler, refuser ces discours qui ne sont plus que des avis, ignorer, oui – et mener le travail véritable plus loin, ailleurs, près de la brèche où l’on se tient malgré tout. Mais de ces temps présents, on ne saurait se dire préservé, ou réclamer vouloir se tenir à l’écart. L’occupation de l’espace public par les paroles qui disent exclure, fantasment des ennemis, ignorent que seule la guerre économique fait rage – et qu’on la perd –, cette occupation durera longtemps. Il faudra tenir aussi, il faudra inventer d’autres espaces, en conquérir des plus précieux dans la ville et en soi, et traverser ces temps comme une tempête dont on sait qu’elle n’est là que pour remplir la mer, et non pour séparer les continents.


arnaud maïsetti - 6 décembre 2015

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