La Ville écrite | KafKafKafKa
12 février 2016



Là-dessus, l’un dit : Pourquoi résistez-vous ? Si vous suiviez les paraboles, alors vous deviendriez vous-mêmes des paraboles, et ainsi vous seriez débarrassés du labeur quotidien.
Un autre dit : Je parie que ça aussi c’est une parabole.
Le premier dit : Tu as gagné.
Le second dit : Mais hélas seulement dans la parabole.
Le premier dit : Non, en réalité ; dans la parabole tu as perdu.

Franz Kafka, "Beaucoup se plaignaient", Cahier dit du Couple (octobre/novembre, peut-être décembre 1922 [1]


Un nom répété à l’infini finirait-il par lever la présence de l’homme appelé ?
L’écriture de son nom à l’infini parviendrait-elle à conjurer sa mort lointaine ?
L’encre arriverait-elle à nommer ce qui l’épuise ?
L’homme qui a porté ce nom est-il le même que le cri qui le répète ?
La porte sur laquelle se sont écrits les coups répétés de ce nom s’ouvre-t-elle sur son mystère ?
La rue de Marseille qui s’ouvre sur cette porte fermée est-elle soluble dans l’air de ce nom ?
La prostituée qui se tenait à dix mètres de là, sur le même trottoir, et qui me regardait l’œil mauvais, savait-elle ce qu’il y avait derrière la porte et ce nom répété ?
Sous la pluie, ce nom change-t-il de nom ?
L’homme qui a écrit mille fois ce nom s’est-il arrêté au nombre exact, voulu ?
Ces questions, et bien d’autres, finiront-elles par s’arrêter ?
Et l’écho de Kafka dans le crâne quand ce nom s’écrit et qu’il ne peut cesser avant de


arnaud maïsetti - 12 février 2016

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