le besoin de complots contre l’ordre du temps
27 juillet 2016



« L’Enfer est vide, tous les démons sont ici »
Shakespeare, La Tempête

Et d’abord en nous-mêmes. Quand l’Histoire s’écrit de nos jours, c’est avec le sang et des images en boucle qui font retour sur nos temps de massacre, les temps réels des informations continues répètent les mêmes phrases pour dire que quelque chose s’est passé et arrêtent le temps pour qu’on l’empêche de le produire. Au loin, des voitures de police arrêtées ; le nombre des morts en bandeaux défilants. Décidément, la stratégie de l’Histoire pour ne produire que du passé est subtile. Devant les écrans, tous regardent ce temps qui n’appartient qu’aux livres d’histoire du futur.

Dans les journaux, il y a l’autre abjection : titre de l’éditorial d’un quotidien réactionnaire : « Prière et Châtiment ». Cette Histoire appartient peut-être à ceux qui répondent au sang par le sang. Dans ces jours, il faudrait plutôt s’organiser pour fabriquer du temps et des communes appartenances, qui serait le contraire des communions ou des marches. Des complots plutôt, oui, contre l’ordre du temps.

Notes sur la mélancolie. Résister à la mélancolie si elle n’était que le sentiment de l’impuissance et de la confirmation de ce monde, si elle n’était que le signe de notre résignation et le refuge dans des espaces illusoirement préservés. Y céder aussi parce que dans ce mouvement il y aurait l’élan pour repousser les machineries abjectes que produit infiniment ce monde : et d’abord cette histoire, qu’on hérite, chaque jour, avec ses dettes qu’on ne paiera pas.

Notes sur ces notes : ne pas les relire.

Il paraît que ce monde a besoin de croyance, qu’elle est la pureté saine qui le sauvera. Un prêtre, hier, pour dire sa douleur face au massacre du jour, demande à ce qu’on crie vers Dieu. C’est dans ces moments pourtant qu’on a sans doute le plus besoin de silence : et du contraire de la croyance, qui n’est pas l’incrédulité. Dans ces moments que les cris ne font que rejoindre d’autres cris. Le ciel est vide, oui : la preuve, les nuages le traversent sans peine et s’y déchirent sans cri.

Cette image qui manque à ce jour : une vue depuis les toits sur le ciel encombré, avec des foules au loin qui passe, dans l’ignorance du ciel, protégé par les nuages indifférents, allant conquérir les rues de leur ville, calmes et tranquilles, ou furieuses, plein du désir pour le bonheur possible.

arnaud maïsetti - 27 juillet 2016

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