comme une danse de cosaque entre deux maisons
19 novembre 2016




The Cinematic Orchestra, To Build a Home

La création littéraire se refuse à moi. D’où mon plan d’enquêtes autobiographiques. Non biographie, mais recherche et découverte d’éléments aussi réduits que possible. C’est là-dessus que je m’édifierai ensuite, tout comme un homme dont la maison est branlante veut en construire une solide à côté, si possible en se servant des matériaux de la première. Ce qui est toutefois fâcheux, c’est que les forces lui manquent au beau milieu de la construction et que, au lieu d’avoir une maison branlante mais entière, il a maintenant une maison à moitié détruite et une autre à moitié achevée, c’est-à-dire rien. Ce qui s’ensuit est pure folie, c’est-à-dire quelque chose comme une danse de cosaque entre les deux maisons, danse dans laquelle le cosaque gratte et déblaie la terre avec les talons et ses bottes aussi longtemps qu’il faut pour que sa tombe se creuse sous lui.

Kafka, Journal (1922)


De la ville au ciel, quelque chose qui bascule – dans le contretemps de ces pages vierges, d’un journal blanchi aux nuits traversées dans la presqu’insomnie, déposer seulement ces deux images comme une trace, comme un signe : mais de quoi ?

Avant de fermer la porte sur l’ancien appartement, j’aurai pris en photo chaque mur : voir sur chaque trace, un signe. Les contours des tableaux, les fantômes d’une présence immédiatement ancienne. Ou sous le bureau d’écriture, les traces au niveau des pieds : on écrit avec le corps, peut-être. Et partout, quelque chose d’une présence absente désormais, et le mot désormais qui dit le temps passé, et surtout à venir.

Il fait nuit différemment dans une maison différente, et il faut tout réapprendre du jour aussi, des énergies contenues dans les espaces (avec cette pensée : qu’un chez-soi est comme un plateau de théâtre, où ce qui importe est l’air qui relie les pleins). Relire Perec sera utile. Relire tout court. Et chercher à trouver des repères dans les traces – les signes – laissés par le soleil ici.

Ces jours sans connexion aussi sont une autre scansion du temps : je ne sais pas laquelle. Il y a ce qui importe davantage : des cris autour qui appellent soudain, interrompt ce qui importe moins (cela par exemple). Une vie qui vient chaque seconde comme des vagues, qui peut venir chaque minute comme la pluie et le vent, ou l’absence de vent, et le signe de la pluie, la trace laissée par l’interruption qui

arnaud maïsetti - 19 novembre 2016

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