Bob Dylan (& co) | « Boots of Spanish leather »
13 mai 2017


Est-ce parce que rien ne pourrait égaler la version de Bob Dylan, ni respirer à hauteur de souffle de ce qu’il propose de sa propre chanson, écrite jadis (c’était en 1963) – splendeur de cette chanson de jeunesse qui porte tout le folk des vieillards, des légendes, celles de l’image pure de l’homme abandonné par son amour – et que rien ne pourrait aller à ce point où la vie de Dylan se brisait sur son écriture, qu’il existe tant et tant de versions, et aucune vraiment audible ?

Est-ce parce que, ce que Dylan fait à la mélodie, est impossible : cette manière qu’il a de tirer à lui-même cette mélodie et de la déposer à chaque fin de souffle – et qu’il n’y aurait là que du regret, dans cette voix et les mots, et que rien ne peut venir après : est-ce à cause de cela, que cette reprise des Lumineers que je découvre aujourd’hui m’atteint malgré tout au lieu même de l’impossible reprise ?

Est-ce parce Wesley Schultz effleure à peine la guitare, comme en passant, et pour donner le change à ce qu’il tient entre ses mains, qui n’est pas grand chose, une vie passée, quelque chose qui ressemble à ce qui n’a pas eu lieu ?

Est-ce parce que la voix de Schultz monte aussi férocement qu’elle renonce, qu’à chaque avancée elle renonce plus terriblement ?

Est-ce parce que l’histoire est sans espoir, elle aussi ?

Est-ce parce que Patti Smith la chante, elle, comme une prière ?

Et Joan Baez comme une joie ?

Est-ce parce que cette douleur est si belle à traverser, pour cette raison qu’on la franchit, malgré tout, même et surtout quand on ne connait rien de ce qu’elle raconte, de l’Espagne ou de ce qu’on y perd pour toujours ?

Est-ce en raison du nom de Suze Rotolo, de l’âge qu’elle pourrait avoir, de ce qu’on fait d’une paire de bottes achetée en Espagne ou en Italie, et qui finit dans une chanson, et au-delà, dans le rêve qu’on fait sur elle ?

Est-ce parce qu’on a peu de recours, dans ce monde-ci, qu’on s’abrite de chansons, d’une voix trop habile, d’un désir d’ailleurs, de voyages possibles, de la folk impossible, et de l’impossible peine d’habiter ce monde-ci ?

Je ne sais pas : et peu importe peut-être qui la chantera ; j’écouterai cette chanson toute la vie non à cause de la chanson, mais de la vie.



Boots of Spanish Leather / Des bottes de cuir espagnol

Oh, I’m sailin’ away my own true love,
I’m sailin’ away in the morning.
Is there something I can send you from across the sea,
From the place that I’ll be landing ?

Oh, je pars très loin, mon seul amour,
Je pars loin sur ce navire, au petit matin.
Y a-t-il quelque chose que je puisse t’envoyer de par-delà les mers,
De l’endroit où j’accosterai ?

No, there’s nothin’ you can send me, my own true love,
There’s nothin’ I wish to be ownin’.
Just carry yourself back to me unspoiled,
From across that lonesome ocean.

Non, il n’est rien que tu puisses m’envoyer, ma chérie,
Rien que je ne souhaite recevoir.
Je ne désire que te voir me revenir
De cet océan de solitude.

Oh, but I just thought you might want something fine
Made of silver or of golden,
Either from the mountains of Madrid
Or from the coast of Barcelona.

Oh, mais je pensais juste que tu aimerais recevoir un petit présent,
En argent ou en or,
Venant des montagnes de Madrid
Ou de la côte de Barcelone.

Oh, but if I had the stars from the darkest night
And the diamonds from the deepest ocean,
I’d forsake them all for your sweet kiss,
For that’s all I’m wishin’ to be ownin’.

Oh, mais si je possédais les étoiles de la nuit la plus sombre
Et les diamants du plus profond des océans,
Je renoncerais à tous contre ton doux baiser,
Et c’est bien là tout ce que je désire recevoir.

That I might be gone a long time
And it’s only that I’m askin’,
Is there something I can send you to remember me by,
To make your time more easy passin’.

C’est que je risque d’être encore longtemps absente,
Et il ne s’agit que de cela,
N’y a-t-il pas un petit présent que je puisse t’envoyer pour te rappeler à mon bon souvenir,
Pour que tout ce temps s’écoule plus facilement pour toi.

Oh, how can, how can you ask me again,
It only brings me sorrow.
The same thing I want from you today,
I would want again tomorrow.

Oh, comment, comment peux-tu encore me demander cela,
Cela ne me cause que du chagrin.
Tout ce que je désire de toi aujourd’hui,
Je le désirerais encore demain.

I got a letter on a lonesome day,
It was from her ship a-sailin’,
Saying I don’t know when I’ll be comin’ back again,
It depends on how I’m a-feelin’.

J’ai reçu une lettre, un jour de solitude,
Elle venait de son bateau,
Et elle disait "Je ne sais vraiment pas quand je serai de retour,
Cela va surtout dépendre de mes envies".

Well, if you, my love, must think that-a-way,
I’m sure your mind is roamin’.
I’m sure your heart is not with me,
But with the country to where you’re goin’.

Et bien, mon amour, si tu dois prendre la chose ainsi,
C’est que je suis sûr que ton âme est éprise de grands horizons.
Sûr que ton cœur ne bat plus pour moi,
Mais pour la prochaine de tes destinations.

So take heed, take heed of the western wind,
Take heed of the stormy weather.
And yes, there’s something you can send back to me,
Spanish boots of Spanish leather.

Alors, prends garde, prends garde aux alizés,
Prends garde aux fortes tempêtes.
Et oui, il y a bien quelque chose que tu puisses m’envoyer,
Des bottes espagnoles faites en cuir d’Espagne.

arnaud maïsetti - 13 mai 2017

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