Rustrel | La Provence rouge dans le Colorado
24 octobre 2017


Je ne suis jamais allé au Colorado, à Denver ou Aurora, voir les vestiges des Ancient Pueblos qui ont creusé la roche, inventé une civilisation sublime, et disparu avant que le premier conquistador venu ait prétendu découvrir cette terre, je ne sais rien de l’État du Centenaire dont la devise est Rien sans la providence, et ignore absolument qu’il est le seul État parfaitement rectangulaire du monde.

Mais je suis allé au Colorado provençal, et j’ai marché dans sa terre rouge.

C’est la mer, ici partout à perte de vue autrefois, et qui soudain s’est effacée – qui a laissé tout derrière elle, poissons morts, algues sèches, et bancs de sable mêlés au soleil peut-être, à la nature magique des pierres, au sang des dieux – certains disent mêmes, les idolâtres, que c’est à cause de l’argile contenant du fer : la couleur rouge est partout ici comme dans le soir, ou les feuilles d’automnes.


Le rouge, ce n’est pas le plus beau : c’est le bleu du ciel posé sur le rouge, et le vert des feuillages, et parfois, la blancheur des nuages qui traversent dans le mistral un dimanche comme celui-là.



Il y a peu de raison de voir la terre, sauf la terre elle-même, qui est à elle-même sa propre énigme. Alors on va la voir, prendre des nouvelles de la beauté, des étrangetés qui la peuplent et qui est ce sur quoi on va poser son ombre et boire à même la source des forces.





Le lieu tombe en ruine : la terre, après la mer, se retire. L’ocre s’efface. Les bancs de sable devenus fossiles du passé perdent la mémoire. Bientôt, tout ceci n’existera plus, piétiné par le temps, les hommes pressés, les vents terribles. Il faudra aller au Colorado, peut-être, se souvenir de la Provence et des couleurs d’automne d’un dimanche dans les ocres.


arnaud maïsetti - 24 octobre 2017

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