Sarah Kane | Une vie, une œuvre, par Julien Thèves
30 novembre 2017


Pour l’hiver prochain - qui a déjà commencé -, au milieu des projets, j’ai de longtemps prévu une plongée dans Sarah Kane, relire de nouveau et cette fois tâcher de dépasser l’effet de sidération que toujours sa lecture a provoqué en moi. Peut-être ne faudrait-il pas pourtant annuler la sidération qui la neutraliserait, plutôt la traverser : ne pas en faire un écran à ce que ces textes appellent et provoquent, non. Et hier, entendu la belle émission Une vie, Une œuvre, où pour la première fois j’entends la voix fragile et intraitable de Sarah Kane, son rire aussi, terrible.



Présentation sur le site de France Culture

Sarah Kane naît dans l’Essex, près de Londres. Son père est journaliste, il travaille dans un tabloïd. Sa mère, également journaliste, a arrêté de travailler pour élever Sarah et son frère Simon. Sarah étudie le théâtre à l’université de Bristol puis de Birmingham dans la classe du dramaturge David Edgar. Elle écrit. Sa pièce Anéantis retient l’attention de Mel Kenyon, influent agent théâtral.

En 1995, alors que Sarah Kane n’a que 23 ans, Anéantis est créée au prestigieux Royal Court de Londres. Et c’est l’esclandre, l’émeute, le scandale. La pièce est vilipendée, elle choque par sa violence et les atrocités qu’elle contient (viol, sodomie, dévoration de bébé, avalement de globes oculaires...)

C’est aussi le succès. Sarah Kane devient un auteur en vogue dans ces années 90 en ébullition (émergence de la brit-pop, triomphe du film Trainspotting, élection de Tony Blair après un long règne conservateur).

Sarah Kane ne s’arrête pas là, elle continue sur sa lancée. Elle écrit l’Amour de Phèdre, qu’elle met en scène elle-même au Gate Theatre, un minuscule théâtre situé au-dessus d’un pub. Tous les jours, il y a autant de gens dans la salle que dehors qui attendent.

Elle écrit Purifiés. Et puis Manque, sa quatrième pièce : un long poème inspiré en partie des stances de la Terre Vaine de T.S. Eliot. Ses pièces voyagent (mises en scène en Belgique et en Allemagne), son travail est de plus en plus apprécié.

Mais Sarah Kane ne va pas bien. Elle est admise à l’hôpital. Elle écrit 4.48 Psychose, sa pièce ultime – un monologue de femme, à l’extrême limite de la vie. « A 4h48 / quand le désespoir fera sa visite / je me pendrai / au son du souffle de mon amour. »

C’est fini. La vie ne veut plus. Sarah Kane meurt le 20 février 1999. En France, 4.48 Psychose sera interprété par Isabelle Huppert dans une mise en scène de Claude Régy qui a marqué ceux qui l’ont vue. C’était en 2002.

Lue et jouée depuis un peu partout dans le monde, Sarah Kane est devenue un classique du théâtre contemporain. Une voix qu’on n’oublie pas – et qu’on peut lire par-delà le théâtre. Comme la poésie même.


GENERIQUE

Par Julien Thèves.
— Réalisation : Christine Robert.
— Prise de son : Yves Le Hors et Stéphane Beaufils.
— Mixage : Pascal Besnard.

Extraits de Manque et de 4.48 Psychose lus par Siegrid Alnoy, Ariel Kenig, Brice Michelini et Margaret Zenou.


Archive : Sarah Kane est interviewée par Dan Rebellato le 3 novembre 1998 à l’université Royal Holloway de Londres.

Anéantis / L’Amour de Phèdre / Purifiés / Manque / 4.48 Psychose : les œuvres complètes de Sarah Kane sont publiées chez L’Arche Editeur.


LIENS

— Site consacré à Sarah Kane.
— Interview de Sarah Kane réalisée le 3 novembre 1998 (doc audio. Durée : 1h05. En anglais).
— La scène traumatique de Sarah Kane, article d’Élisabeth Angel-Perez paru dans la revue Sillages critiques (2015).
— Sarah Kane et le « In yer face » : dossier de la Revue Coup de Théâtre n°18 (2002) spécialisée dans le théâtre anglophone contemporain.
— L’œuvre de Sarah Kane : le théâtre de la défaite, article d’Agathe Torti-Alcayaga, (Université de Picardie Jules Verne), paru dans Cycnos, Volume 18 n°1.


arnaud maïsetti - 30 novembre 2017

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