La Ville écrite | Émeute toi
2 février 2018


Littré le dit :

Verbe transitif direct : émeuter – Mettre en émeute. Exemple : « La caserne de la Courtille est toujours émeutée. » [Baboeuf, Pièces, I, 37].

Au sens figuré : « On s’explique de sa peine avec des amis, on en fait part à des parents, on émeute toute une famille. » [Bourdaloue, Instr. paix avec le prochain, Exhort. t. II, p. 339]

Plutôt que le jésuite Bourdaloue – dont je sais seulement cette légende : on dit qu’il apprenait par cœur ses sermons qu’il disait, à la Cour, les yeux fermés –, on aurait aimé que Littré choisisse plutôt une phrase de Blanqui.

Émeuter donc est un verbe : à l’impératif, une demande, une supplique. À confondre délibérément avec ameuter

 au sens figuré : Attrouper pour un but de désordre ou de sédition. Exemple : il ameuta les faubourgs.
Usage pronominal : S’ameuter, Le peuple s’ameuta contre les patriciens.

Sur les murs, ici, de Saint-Charles à partout, cette supplique pourrait être le prolongement d’une émotion : où l’on s’émeut, vient l’émeute.

Émeute-toi, c’est l’adage peu connu que dans les rues endormies d’Athènes certains répétaient comme un mot de passe, une clé pour ouvrir les cœurs et se donner des forces : une phrase qu’on aura mal compris à tel point qu’on gravera son fantôme dégradé sur le fronton du Temple de Delphes, fantôme de ce que quelques hommes de l’ancien temps disaient lentement, sagement, sourdement : Émeute-toi toi-même.


arnaud maïsetti - 2 février 2018

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