Procès Tarnac | La parole est à la défense
8 avril 2018


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Pendant le procès du groupe dit de Tarnac, l’accusation excédait évidemment les faits – parcourir quelques uns des actes d’accusions suffit pour comprendre que tout était construit. En somme, une fiction. Mais la fiction n’est pas sans vérité quand elle désigne la véritable nature du pouvoir, qui consiste surtout à contrôler sa population, c’est-à-dire en fait à la réduire au silence. Ici [1], quelques uns des mots prononcés au nom de ce qui désigne la comédie de cette fiction, et la révèle à elle-même.

Toujours en ligne sur le fil twitter de Lundimatin, qui a retranscrit les minutes du procès


[Mathieu Burnel se lève et se met à parler sans venir à la barre]

Pour comprendre une situation complexe, parfois il faut partir d’un détail. Hier Mme la présidente vous m’avez dit : « Je n’ai jamais rencontré des personnes plus mal élevées que Matthieu Burnel et Julien Coupat ». Quel drôle de monde dans lequel vous semblez vivre madame la présidente. Ce qui vous a semblé pas banal c’est que nous ne sommes pas rentrés dans la salle les yeux baissés en faisant des courbettes. Ce qui nous a convaincu de venir c’est la curiosité. On connaissait la maison pas cette chambre. Chacun y était dans son rôle, chacun avec sa grande autorité. Nous étions les seuls à ne pas jouer de rôles. Nous n’avons pas adopté une position de rupture, nous avons pris la parole quand ça nous semblait nécessaire, on a ri quand le discours était trop grossier. C’est ça qui [vous] a perturbé.

Ce qui est en jeu et ce que les journalistes ont pris pour de la puérilité, c’est que nous avons réussi à destituer le rituel de la justice Tous se sont demandés : comment osent ils être aussi arrogants ? A nous huit, nous avons risqué plus de 100 ans de prison. Vous vous attendiez à voir le groupe Tarnac, une secte, un groupe violent etc., vous vous êtes retrouvés face à nous et je crois qu’à la barre nous sommes apparus totalement banals. Vous avez compris que ce qui ce qu’il y a de singulier chez les révolutionnaires c’est ce qu’il y a de complètement commun.

Quand vous nous dîtes mal élevés, je n’y crois pas, je pense que c’est pour réintroduire de la distance sans quoi vous devriez nous inviter à boire le thé. Nous avons fait preuve d’un refus central et souverain de ne pas se laisser écraser, et pourtant nos ennemis étaient nombreux. Vous ne nous écraserez pas, nous et nos amis qui sont nombreux. [Il lit le texte d’une affiche saisie en perquisition que le tribunal n’avait pas voulu lire à l’audience] : « si nous chassons la police, ce n’est pas pour la sortir de nos facs mais de nos vies. »

Si la qualification ‘terroriste’ est tombée ainsi que l’association de malfaiteur, ainsi que le PVD104, c’est que nous avons travaillé d’arrache pied et pas dans des palais de verre... Ah qu’ils sont puérils ! Je crois que ça ne sera pas un jugement. Juger c’est un attribut divin, c’est sonder l’être. Juger sauf à être Dieu c’est toujours un peu usurper. Pour être en capacité de nous juger il faudrait d’abord que nous nous sentions nous même jugeables, nous sentir coupables.

Je suis là pour le refus de l’ADN, où pourrais-je ressentir la moindre once de culpabilité ? Si vous étiez en capacité de juger en vérité, vous nous feriez une tape dans le dos en nous disant ‘ah vous vous êtes magnifiquement battus’. Mais vous ne pouvez pas, puisqu’au fond, vous êtes moins libres que nous. Vous ne pouvez pas nous juger, mais seulement essayer de préserver l’institution.

arnaud maïsetti - 8 avril 2018

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[1Merci à Nicolas Maïsetti.

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