La ville écrite | je veux rencontrer quelqu’un
8 janvier 2019


Écoute, à moins que tu ne sois la faible condensation d’un brouillard (tu caches ton corps quelque part, et je ne puis le rencontrer) : un matin, que je vis une petite fille qui se penchait sur un lac, pour cueillir un lotus rose, elle affermit ses pas, avec une expérience précoce ; elle se penchait vers les eaux, quand ses yeux rencontrèrent mon regard (il est vrai que, de mon côté, ce n’était pas sans préméditation).

écrivait Lautréamont, autrefois, hier, demain :

ici, sans doute, quelque part qui ressemblait à ici (c’était Paris bientôt en état de siège) : et aujourd’hui : on n’aurait plus que la peau de la ville pour la transformer en lac : les filles sont là peut-être, elles se penchent peut-être (pour boire à quelle eau terrible du désir) : et nous nous passons aussi, nous ne sommes là que pour le passage et être celui qui passe : la fille se pencherait et regarderait les lettres et déchiffrerait le désir : et nous ne serions pas là : plutôt nous serions ailleurs ; nous reposant d’avoir écrit tous ces mots avec les forces qui restaient, et celles qui ne restaient pas, et dans la solitude pleurant la solitude tandis que la fille, elle, elle passerait.

La ville qui garde les mots qu’on a posée sur elle comme une caresse, est-ce qu’elle saura nous rendre tout le désir et toute la folie de vouloir être celui qui regarde celle qui regarderait celui qui aura écrit cela, pour le désir, et la folie d’être là, d’être celui qui face à toi dirait ce n’était pas sans préméditation mais je ne t’attendais pas.


arnaud maïsetti - 8 janvier 2019

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