Franz Kafka | nuit d’insomnie
22 juin 2019



Journal — 2 octobre [1911]


Nuit d’insomnie.
Déjà la troisième d’affilée. Je m’endors bien, mais je me réveille au bout d’une heure comme si j’avais posé ma tête dans le mauvais trou.

Je suis complètement réveillé, j’ai le sentiment de n’avoir pas dormi du tout ou de n’avoir dormi que sous une peau mince, je me retrouve devant la nécessité de travailler à m’endormir et je me sens rejeté par le sommeil.

Et à partir de ce moment jusque vers cinq heures du matin, je reste dans cet état où je dors, certes, mais où, en même temps, des rêves violents me tiennent éveillé. Je dors véritablement à côté de moi, tandis qu’il me faut, en même temps, me battre avec des rêves.

Vers cinq heures, j’ai consommé jusqu’à la dernière trace de sommeil, je ne fais plus que rêver, ce qui est plus épuisant que de veiller. Bref, je passe toute la nuit dans l’état où se trouve un homme sain, un moment avant de s’endormir pour de bon.

Quand je me réveille, tous les rêves sont rassemblés autour de moi, mais je me garde bien de les approfondir. Au petit jour, je gémis, la tête dans les coussins, parce que tout est perdu pour cette nuit. Je pense à ces nuits d’autrefois, à ces fins de nuits où j’étais tiré d’un profond sommeil et où je me réveillais comme si j’avais été enfermé dans une noix. (...)

Je crois que cette insomnie tient uniquement au fait que j’écris.


arnaud maïsetti - 22 juin 2019

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