Quand la nuit vient | Dans les rues #44
30 juin 2019


Il traînait dans les rues : il entrait dans des bars seulement s’ils étaient pleins, où il pouvait être invisible. Il traînait dans les rues : manger à des heures impossibles, pour la seule raison de dérégler le temps et ses habitudes. Il traînait dans les rues, pendant des matchs de football ou les soirs d’élections : ces soirs où toute la ville est devant les écrans, fenêtres ouvertes d’où parfois s’échappent des cris dont il était impossible de dire, de là où il était, s’ils étaient de joie ou d’accablement.

Il traînait dans les rues.

Il marchait dans des endroits interdits : près des laveries automatiques après vingt-deux-heures où on s’échangeait le fric contre de l’herbe ou des coups, ou le matin très tôt : en passant devant le hall de cette banque, à peine le jour levé, il avait aperçu deux corps nus l’un contre l’autre, enlacés, en larmes ; souvent il était revenu ici pour continuer de se souvenir : il traînait dans les rues.

Les premier janvier, et les trente-et un décembre, les jours d’août, les deux septembre de rentrée des classes : il traînait dans les rues quand les rues ne servaient plus à rien, ou plus qu’à ça, et qu’à lui.


arnaud maïsetti - 30 juin 2019

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