recommencer, rétablir le contact entre nos devenirs
9 septembre 2019



Recommencer n’est jamais recommencer quelque chose. Ni reprendre une affaire là où on l’avait laissée. Ce que l’on recommence est toujours autre chose. Est toujours inouï. Parce que ce n’est pas le passé qui nous pousse, mais précisément ce qui en lui n’est pas advenu. Et parce que c’est aussi bien nous-mêmes, alors qui recommençons. Recommencer veut dire : sortir de la suspension. Rétablir le contact entre nos devenirs. Partir, à nouveau, de là où nous sommes, maintenant.

Tiqqun


Si l’herbe pousse par le milieu, nous ? Je n’ai pas dit l’incendie au milieu de la route de sept heures, la lecture de Michaux dans les dernières nuits, le silence qui suit le mot choses entre les choses, les courses entre les champs, entre les bêtes, les films mal vus, les livres pas ouverts, les ciels, les orages, tout qui est passé, qui ne reviendra pas.

Recommencer, ça veut dire aussi : oublier — je ne sais pas. On verra.

Devant les mêmes tables vides, juste avant l’entrée de la rentrée, se dire que c’est déjà l’habitude qui vient ; mais non, les visages disperseront tout, dans la joie, l’inquiétude aussi — ce qui arrive n’est pas encore arrivé.

D’où et doux sont le même son indémaillable.

J’écoute encore la radio pour l’injure qu’elle fait au monde, et la dignité de se sentir encore blessé en l’écoutant ; ça ne durera pas. Je lis encore les nouvelles pour me tenir informé de la catastrophe et me sentir d’ici, des vôtres. Si je vais au théâtre, encore, c’est pour l’inverse. Si je lis, c’est pour pleurer. Si je regarde le ciel, c’est pour le vide qu’il contient. Et si le vent fait trembler les feuilles presque noires déjà des platanes, c’est pour moi seul : la folie de cette pensée et de l’écrire.

Le bruit des cigales emporté avec les hurlements des enfants dès le premier lundi de rentrée des classes : peut-être que les insectes ne disaient rien d’autre, la terreur d’être emportés, et nous prévenaient de l’imminence de la fin, dès le début.

Dans la colère, on voudrait aussi trembler comme dans la joie : et dans la peur. C’est le même sentiment tremblé, celui de ces jours, de ces heures qui recommencent l’invention d’un temps neuf, dans la lumière qui va déjà vers octobre. Tout commence toujours à chaque instant, pourvu qu’on le décide, qu’on déchire la fin, qu’on prend l’angle de rue, qu’on avance vers l’heure qui vient, et qu’on va devancer.


arnaud maïsetti - 9 septembre 2019

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