le chemin de crête
28 janvier 2020



Crête intérieure : la ligne la plus élevée d’un épaulement, celle derrière laquelle se placent les défenseurs pour faire feu  ; c’est l’intersection du talus intérieur et de la plongée.

Littré

C’est aller et revenir à Paris,le café devant la maison de la radio laissé froid  : c’est deux jours battants dans la semaine qui n’auront pas eu lieu, ce n’est rien. C’est dans le train essayer mille manières d’entrer dans 1905, et renoncer à toutes. C’est dans les rues, essayer de reconnaître la grande ville, et ne rien voir, c’est même s’empêcher d’être parmi elle. C’est rentrer.

C’est autant de photos qui n’ont pas été prises : les murs près de la Plaine, ou la mer, ou le ciel, c’est passer, c’est ne faire que passer, et que le temps passe. C’est essayer de trouver le sommeil avant qu’il ne me débusque. C’est échouer encore. C’est tomber de fatigue pourtant et ne pas heurter le sol.

C’est cette image des jours que je cherchais : le chemin de crête plongé dans le vide, vers le sud : c’est le mot vide, que j’apprends à un petit garçon de trois ans, et qu’il prononce pour la première fois, son regard quand il essaie de comprendre ce que le mot veut dire, ce qu’il dit pleinement, facilement, ce mot, et comme c’est vertigineux : c’est marcher dans la première fois de ce mot.

C’est donc le chemin de crête, l’image des jours. C’est l’automne 1790 qui piétine en moi. C’est pourtant avancer qu’il faudrait : et pourquoi ?

C’est tout le reste qui bat entre la table de travail inerte et les nuits, les heures bleues qui s’échouent elles aussi ; et les jours bleus aussi : ce sont des récits qui se croisent, quelque chose qui nomme le silence, et qui désigne le secret. C’est être de l’autre côté du sommeil chaque jour, et du secret et du silence, et c’est vouloir garder le silence et le sommeil, et les noms de Martov, Gapov, Sazoulovitch, ou Thorin qui résonnent dans le vide.

C’est marcher en laissant le vide de part et d’autre de soi, et les bras en équilibre, tâcher de ne pas regarder en contrebas les jours tombés les uns après les autres.


arnaud maïsetti - 28 janvier 2020

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