La Chute des corps #1
28 novembre 2009



I.

Ce que nous sommes
Ce que nous voulons
Au plus tôt le soir : au plus vite l’aurore
Le soir le corps pour seule couverture,
Pour seul abandon, le noir

Ce que nous faisons
Ce que nous recommençons
Lever au ciel des yeux comme des mains
Des mains comme des prières
Encore et encore

Et dehors
Dehors les années basculent
Les années qui durent des heures
Ces heures qui ne passeront plus
Et dehors les corps de tous ces corps morts qui tombent

Dans le cœur,
Arrimées les secondes battent
De moins en moins
Vite battent de moins en mois
Mais demeurent : nous continuons

Et nous mesurons
Nous mesurons la vitesse de la terre
Qui nous entraîne dans sa chute
Un matin après l’autre
Un homme après l’autre après l’autre
Et nous mesurons
Nous mesurons l’étendu des dégâts
Le chemin parcouru : nous mesurons
Nos forces
Qui nous tombent des mains

Nos corps pèsent
Pèsent d’un poids trop lourd
Si lourd pour nous qu’impossible
De porter non
Jusqu’au bout de la rue : impossible de porter

Ce que nous faisons
S’assoupir un temps
Qui devient plus qu’un moment
Des années sous d’autres
Et d’autres encore enfouis des années enfouis sous d’autres

Ce que bientôt nous devenons
Des masses inertes en mouvement
Sous une masse d’années
Nous ne nous relèverons plus
Nous respirerons tout bas
Puis moins bas encore : encore moins bas

Mais
Ce que nous voulons
Ce que nous sommes

Une part de cette vitesse
De cette chute
Une part de ces lois

Ce que nous sommes
Une part de cette course,
De cette lente plongée des corps qui s’enfoncent
Encore

Dans leur chute c’est du vide
Du vide qu’ils entraînent avec eux
Du vide qu’ils enveloppent en eux

Ce que nous voulons
Une pierre jetée un jour
Le premier jour et qui tombe
Et sur laquelle chaque homme appuie de tout son poids
S’appuie pour s’y ancrer
S’appuie pour tomber

Chacun sa part
Chacun son royaume
Et chacun son choix
D’habiter la vitesse
De défier ce que nous sommes
Ce que nous faisons

— > #II


arnaud maïsetti - 28 novembre 2009

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