La Chute des corps #5
28 novembre 2008


V.

Nous étions devenus
Une part de cette vitesse
De cette chute
Une part de ces lois

Nous les avons arrachées
Et nous les avons apprises
Comme un enfant sans peine
Nous les avons écrites
Et depuis si longtemps appliquées

Enfin en ordre
Enfin en raison
Enfin en accord avec la loi qui l’ordonnait

Le reste s’est mis en place
Les étoiles comme les villes
Chacune fixée là où la loi le décidait
Chaque chose arrimée
Les villes comme les saisons
Le vent comme les hommes

Les corps enfin tombaient
A une même vitesse

On pouvait la mesurer
On pouvait la prévoir
Cette loi

C’est maintenant dans nos chairs une autre peau sur nous
C’est maintenant dans notre bouche
Une langue aussi vieille que la terre aussi sale que la terre aussi grande
que la terre les réflexes usées des mathématiques sans failles

Cette formule
Qui fait tomber les corps

Nous avons énoncé les principes
Depuis si longtemps érigés en évidences

Nous avons organisé à partir d’elles nos villes et nos idées
Structuré autour d’elles nos peurs comme nos désirs
Eventré grâce à elle sous la lumière du juste nos courbes
Et nos parole avec elle

Dans cette balance aux plateaux
D’or et de silence
Et d’argent
Se donne le poids de chaque chose
De chaque corps

Ce que nous devenons
Seuls
Et ce mot lancé aux parois de la ville
Loin
Très loin
De l’annuler de le réduire de conjurer
Le sort
L’accomplit

Ce que nous sommes
Une part de cette vitesse
De cette chute
Une part de ces lois : ce que nous sommes

— Ce que nous sommes
Et ce que nous faisons


arnaud maïsetti - 28 novembre 2008

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