en cendre tout devient possible
31 décembre 2020



« Change nos lots, crible les fléaux, à commencer par le temps », te chantent ces enfants.
« Élève n’importe où la substance de nos fortunes et de nos vœux », on t’en prie.
Arrivée de toujours, qui t’en iras partout.

A. Rimb.


La roue des révolutions du jour tourne dans le ciel noir. Oui, que tout finisse. Vœux qu’on adresse chaque jour au jour, au monde qui les porte et les fabrique. Vœux qui cherchent dans chaque instant qui se dérobe la paroi qui pourrait renvoyer leurs échos, à défaut transpercer les surfaces, chercher ailleurs à déplacer son ombre. Vœux qui trouvent toujours à qui parler quand cette paroi dressée à l’horizon des choses est soudain un trente-et-un décembre.

Les jours sont les mêmes, sauf le chiffre qui rend la suite des faits mémorables, autant dire voués à l’oubli. Les jours sont les mêmes tant qu’on ne les terrasse pas. Les jours sont les mêmes et pourtant.

En cendre tout devient possible.

Ce qu’on ne souhaiterait pas même à son pire ennemi (mais qu’on adresse malgré tout à cette année) tient à ce désir d’en finir et de tout recommencer. L’an neuf relève de ce miracle et de ce leurre, qui fait miroiter les commencements seulement pour en finir avec eux. Ruse du réel. Carnaval du pouvoir : vous voulez en finir avec tout ? Prenez ce jour, et un soir durant, ayez l’illusion que quelque chose commence.

C’est chaque jour que les commencements se traquent pourtant, se trament dans le liseré indéchiffrable des chiffres alignés comme des fusillés devant nous. Chaque jour qu’il faut en finir et commencer. Chaque jour que le jour est un leurre.

Spoil : on gagne à la fin

Quand le jour s’écrase de tout son poids mort d’année vaincue sur la mer, on voit bien qu’il refuse. Vers la fin du mois de décembre sous notre hémisphère, la lumière regagne du terrain sur la nuit. C’est là qu’on bascule.

Les résolutions que forge le monde contre nous, on les connaît : on les subit chaque jour et dans nos sommeils aussi, les rêves qu’on faits parfois lui appartiennent. Ceux qui lui échappent regorgent de terreurs, mais nous secouent vivants et nous font se lever, alors on accepte la leçon ; on se lève au milieu du noir, on avance nos mains dans la vie, on pourrait tomber dans un trou, et d’ailleurs on tombe dans ce trou qu’est cette ville, mais on refuse de se confier à des rêves qui ne sont pas les nôtres.

Nos vœux n’ont pas de silhouette ; tiennent seulement à l’allure qu’on a dans ces nuits soulevés, où plein de fatigue, on marche encore, s’habituant au noir, cherchant le vivant, devenant corps, bête, mais bête traquée, renouant aux vieux instincts de chassé, à l’affût d’un abri, ou d’une meilleure position pour sauter à la gorge du chasseur. La roue des révolutions du jour tourne dans le ciel noir.

Une autre fin du monde est possible.


arnaud maïsetti - 31 décembre 2020

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