William Blake | « La petite fille perdue »
11 janvier 2021



Traduction personnelle des Chants d’innocence et d’expérience
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— là les carnets de la traduction


Dans les temps futurs
Je vois, de mes yeux prophétiques :
La terre sortir de son sommeil
(Grave cette phrase au plus profond)

Se lever et chercher
Son humble Créateur,
Et le désert sauvage
Deviendra un jardin de douceur.

Sous les climats du sud
Où les commencements de l’été
Jamais ne s’effacent,
Repose la jolie Lyca.

Sept étés passeraient
Qui porteraient la jolie Lyca,
Longtemps elle avait erré,
Sous les chants des oiseaux sauvages.

Douceur du sommeil, rejoins-moi
Sous cet arbre.
Père, mère, vous pleurez ?
Où peut bien reposer la jolie Lyca ?

**

Égarée dans la sauvagerie du désert,
voici votre petit enfant.
Comment peut bien dormir Lyca,
Si sa mère pleure ?

Si son cœur saigne,
Laissez-donc Lyca endormie ;
Si ma mère sommeille,
Lyca ne versera aucune larme.

Redoutable, nuit redoutable,
Qui couvre la lumière du désert,
Que ta lune se lève,
tandis que je ferme les yeux.

Endormie, Lyca repose,
Pendant que les bêtes de proie
Sorties des profondeurs des cavernes
Viennent poser leurs yeux sur la jeune fille endormie.

Le lion se leva royalement,
et considéra l’enfant,
Puis cercla
Ce sol sacré.

Des léopards, des tigres jouaient
Autour d’elle qui reposait,
Tandis que le vieux lion
Inclina sa crinière dorée,

Pour lécher son sein,
Et sur son cou
De ses yeux brûlants
Des larmes de rubis jaillirent,

Et que la lionne
Laissait flotter autour d’elle sa légère robe,
Puis, nue, ils emportèrent,
Dans leurs cavernes, la jeune fille endormie.

.

 [I]


arnaud maïsetti - 11 janvier 2021

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