mises à jour
22 avril 2010


Il me semble que c’est l’église Saint-Roch | juillet 2006


Aujourd’hui, temps vacant ; nécessité de lire, trois heures : et aucune phrase ne sort vivante. Qu’attendre du jour après ?

Rien d’autre qu’attendre.

Classer, ranger, ouvrir (balayer, fermer : et pas même partir).

Mise à jour des liens ; se dire : dis moi ce que tu lis, je te dirai… — mise à jour tout court, établissement du programme des prochains jours : mise à plat des délais et remise sine die de ce qui ne se fera jamais : jusqu’à la prochaine fois.

Mise à jour du site : version deux point un du spip ; et toujours une bascule qui fait peur, comme un pied dans le vide et on ferme les yeux : surpris que le sol en bas finit par me retenir.

Mise à jour d’un article qui fait violence au temps présent quand y revient : j’imagine une histoire des prisons qui soit un récit fantastique.

Classement des photographies : ouverture d’une nouvelle série — série en cours, comme les autres, et j’accumule j’accumule (je n’ai pas touché à mes murs, ni aux arbres : mais avec les pierres maintenant, impression que j’établis un autre état des lieux du réel, je ne sais pas) ; on verra le récit qui s’en dégagera.

Dans ce classement, je retrouve ma première photo — la plus ancienne sur mon ordinateur et de fait : la première (j’ai dû en perdre de plus antiques encore, mais alors elle ne comptent pas) — il me semble que c’est l’église Saint-Roch, autour de laquelle j’aimais tant marcher (j’ai été étonné de la retrouver dans le dernier livre de Jean-Jacques Schuhl, avec des échos si forts).

Et par hasard, je trouve via twitter un lien vers, dit-on, la première photographie montrant une personne. L’intitulé, dans son étrangeté, me fascine longtemps : oui, à cause du temps d’exposition, il était difficile de capter quelqu’un ; et je rêve un peu autour de ce type qui se fait cirer les chaussures boulevard du temple.

Le premier homme, donc : c’est ainsi le premier homme et on ne le voit pas (même s’ils sont deux : pourtant le deuxième, on le voit encore moins...) ; sorte de brindilles au milieu du décor rayé de la ville autour. Tremblé de gris contre le bougé du monde autour (ou de l’image tremblé sur l’exposition de la lumière d’une ville : et c’est sans doute le plein jour, mais j’ai l’impression d’un matin froid, d’une aube lumineuse de gel).

1838, c’est Hernani et Marion Delorme à l’hiver, c’est la mort de Talleyrand, c’est Ruis Blas à l’automne, la naissance de Bizet, c’est Nerval à 30 ans en Allemagne avec Dumas.

C’est donc aussi le premier homme qui posséderait son image (mais qu’en sait-on ?), c’est la ville pas encore détruite, et que j’ai partagé (et j’ai des souvenirs, moi, sur la rue où il est : et quel est le partage ? quel est l’abîme ?). Ce sont les rues construites sans plan vraiment. Et la figure de ce type gris, tremblé, bougé par la main qui le fait naître, comme un dessin sur la plaque impressionnée de Paris ; 1838, c’est le 26 mai, le déplacement légal de dix sept mille Cherokees (comme avant eux les Choctaws, les Creeks et les Chickasaws), parqués dans des camps de concentration et envoyés à pied de Géorgie en Oklahoma, sur la piste des Larmes. Mais est-ce le même monde ? Et surtout, où en est-on, deux mille dix, des rues et des pleurs qui y conduisent ?

Au pied de la rue Taimbaud, c’est un peu de passé qu’on affronte, ce vingt deux avril de mise en repos de soi avant d’autres bascules. D’autres rues de passé qui s’affranchissent de moi se lèvent là-bas, et je ne sais où sera ma fatigue quand il faudra affronter leur pente.

arnaud maïsetti - 22 avril 2010

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