adresse #4 | à l’absente
17 juin 2010




je suis dans la ville
ce qui t’encombre
je suis, dans la ville même qui pèse
ce qui excède
et tord, ce qui, couché dans l’étable, meurt
je suis : l’étable même.

dans cette ville qui tombe, le ciel juste en-dessous
dans le ciel par derrière l’épaule, le mors écrasé entre les dents
et le sang, perlé sur la joue, la mâchoire, rasée de près
prêt à mordre tu es je suis aussi : perlée, roulée, écrasée comme une larme, le pas sur l’irrégularité du pavé.

c’est dans la ville encore
je suis à la soif
comme on dit : à l’étage : à la mer : à la force du poignet
expulsant
éparpillant voie lactée sur les draps
dansant je suis : l’étoile trop espacée de l’étoile : tombant
dans le trou creusé ;
mais la croix tordue de fer forgé ne porte pas mon nom
porterait plutôt le tien
si l’effacement ne tenait tant de place

je suis la peur sur mon visage
le masque sur la peur
et la peur partout quand je m’éveille et que toi ;

je suis aussi (tu disais cela dans le sommeil)
issu de mon enfant
et quand je ne sais plus pleurer je saigne encore
je n’ai qu’à y penser
ça s’écrit seul, sans moi : sur le livre que je lis et que j’arrache
une page après l’autre comme mes ongles, de mes pleines dents elles aussi rongées (mais par quoi ?)

ô tu dis (mais n’y pense pas) comme tu es sale
ce n’est que de la terre, je dis
de la terre sur les mains sous les ongles jusque dedans la peau
jusque derrière la peau : semée derrière moi
ô c’est sale et je ne toucherai pas : tu dis ;

pris sur le fait, je suis
plein de honte pour le genre humain
de honte pour la mort insuffisante
de ne tuer que le corps et jamais ce qui porte le corps

la main au moment du décès : le poids de la main
je suis le poids de la main quand on meurt
ou plutôt juste avant
et avant qu’elle ne tombe
je suis le battement de silence qui fait tenir autour de toi
les murs au-dessus de la réalité

je suis quand tu pars
et que je reste seul
je suis encore
et tu ne le sais pas
et je suis là, dans le noir soudain qui se fait de ton absence
alors je parle et le noir se creuse de mille présences
tu t’éloignes encore
je m’effondrerai presque
et je ne m’effondre pas

arnaud maïsetti - 17 juin 2010

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