cette nuit (d’artifice)
15 juillet 2010





Nights in white satin
(reprise de la chanson de The Moody Blues par Alain Bashung —
’Dimanches à l’Élysée’ [concert 2009])

Nights in white satin, / Never reaching the end,
Letters I’ve written, Never meaning to send.


Mais les nuits de grandes brumes qu’on a dressées là comme des rideaux au-dessus d’un lit, la ville pleine, le fleuve en bas qui passe et que personne ne voit : mais les nuits comme faire mains basses sur toutes les silhouettes, et du vol, des saccages sur les yeux ouverts, que dire (sinon maudire), et les nuits perdues à les dépenser, quais longés comme une poutre sur le vide et si l’on tombait, pour voir : et si la nuit était aussi noire que le fleuve, et aussi blanche que la nuit bue dans le mauvais café tiré de nos veines — et boire à pleine bouche sans le voir : mais ces nuits-là, dis.

Mais les nuits houleuses encore, de les avoir regardées dans les pupilles, directement, jusqu’à se brûler la rétine et tant pis ; et comme elles n’ont pas pu soutenir nos regards, les nuits parties, les nuits de les avoir vues bouger, remuer dans le vent et s’éloigner : et qu’est-ce qu’elles ont laissés sur les terrains vagues, et quelles colères — et sur la peau quels coups de nuit, quels coups de lune sur nos coups de soleils qui rendent nos peaux violettes et craquelées, avant d’être retirées par plaque de pelure, de nos ongles mangés par les dents d’une nuit comme celle-ci, mais moins vorace, plus compréhensible aux douleurs insensées comme on crierait dans le noir.

Alors cette nuit de satin, de lourdeur bientôt éparpillée par un orage qui ne durera qu’une minute, moins sans doute, qui ne fera qu’effleurer ce coin de ville pour mieux tomber comme un mort sur les campagnes vides, cette nuit où on éclaire le ciel pour mieux voir la nuit mais c’est la ville qu’on regarde reflétée dans le fleuve qui s’arrêterait pour un peu, et nous devant, les têtes de ces types qui bougent en rythme des canons, nous comme là par hasard, de toujours, de partir presque, d’être sur le point de, ou d’arriver ;

alors cette nuit qui tombe et qui ne heurtera rien, qui continuera de tomber dans le fleuve jusqu’à noyer en moi son souvenir, sa laideur gigantesque de feux trompeurs, de feux aussi provisoires qu’un amour promis peut-être au premier venu, premier passant parti, nuit d’artifice comme des feux d’illusions — de vérités scientifiques éternelles (des conneries provisoires) : cette nuit de papiers flambés et vite en cendres, et vite en cendres qu’on n’en parle plus — et plus jamais jusqu’à la prochaine promesse qu’on tiendra, qu’on tiendra contre soi jusqu’au fond du fleuve.

arnaud maïsetti - 15 juillet 2010

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