un rêve #545 | mouvements de foule
25 août 2010


Un rêve — au milieu d’une foule compacte, marchant lentement au pas de la manifestation, mais dans le silence et le calme,

entouré à droite, à gauche, devant et derrière par cette foule dont je ne verrai que les dos, et les jambes,

mais dans quelle ville

(impossible de lever la tête),

et pour quel but, et quelle raison,

seulement aller du pas le plus lent,

impression d’être emmené,

puis impression (qui vient se superposer peu à peu à la première) d’emmener, derrière moi, toute cette foule,

et d’avancer en ligne droite, sur des kilomètres, sur des centaines de kilomètres, comme un boulevard long de tout un pays, d’aller,

et dans le silence toujours, aussi violent qu’épuisant (mais dire quoi pour le briser), seulement le bruit martelé de la foule, des vêtements frôlés et des pas,

la tête un peu baissée, le regard sur les dos qui avancent devant, disent la direction, et les dos changent, tous n’avancent pas au même rythme, et alors

suis tenté d’accélérer (pourquoi ne pas m’être arrêté, plus simplement)

et bousculant les hommes devant, des enfants qui m’insultent, provoque un mouvement de foule à moi seul : des types courent me suivre derrière, mais d’autres devant courent soudain dans ma direction, et les flux se croisent, sans raison, certains s’arrêtent, ou se mettent à se précipiter comme des bêtes dans des directions insensées, et moi aussi, qui continue d’essayer d’atteindre la tête de la manifestation, et sur tout cela les hurlements qui s’élèvent d’on ne sait où, personne n’ouvre la bouche, effet Doppler des cris qui s’approchent et me traversent sans me toucher, s’estompent en s’éloignant mais reviennent de suite et s’approchent en cercles concentriques, cris qui annoncent les mouvement en les précédant, alors impossible bientôt d’aller au milieu de tels mouvements et dans le défi de tels cris, la foule compacte se resserre comme un seul homme hurlant,

et alors tomber, et s’étendre de tout mon long sur le sol, et la foule qui continue d’avancer sur moi, en tous sens, des cris qui montent, le bruit qui change quand je suis allongé, plus étouffé, et l’odeur du sol, et les cris qui recouvrent mon corps comme de l’eau —

cri que je pousse en moi et dont je réalise qu’il est exactement celui de la foule, même hauteur et même intensité, cri qui finit littéralement par me réveiller dans le milieu de la nuit ; j’ouvre les yeux sur ce cri qui sort de moi quand je m’éveille et je suis encore allongé.

arnaud maïsetti - 25 août 2010

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