Ce pays n’est pas le mien
29 août 2010


Ah, malheureux pays
Presque effrayé de se reconnaître ! Peut-on encore
L’appeler notre mère, c’est notre tombe ! On n’y rencontre
Rien qui sourie, sinon qui ne sait rien.

Shakespeare, Macbeth (trad. Bonnefoy)



This Land Is Your Land (Woody Guthrie, 1940)


Dans ce pays, il n’y a ni mort ni vivant : seulement des passants qui sont capable de le prouver (qu’ils sont vivants ou qu’ils sont morts). Dans ce pays, les morts parlent au nom des vivants — c’est ainsi.

Dans ce pays, on enterre plusieurs fois les morts, pour vérifier qu’ils sont bien morts : et qu’on ne peut plus compter sur eux.

Moi, je suis né dans un pays qui n’existe plus ; aujourd’hui, j’habite un pays qui n’existe pas encore — entre les deux, je marche dans le cimetière et aucune tombe ne porte mon nom.



This Land Is Your Land (Bob Dylan, live au Carnegie Chapter Hall — 4 nov. 1961)


Bien sûr, ce pays est invivable.

On imagine parfois sa destruction (c’est un pays où l’on sait rire) : mais, plutôt que de compter les jours, on tient le compte des disparus, c’est plus pratique. — c’est plus sûr, aussi.



This Land Is Your Land (Sharon Jones & The Dap-Kings)


Non, ce pays n’est pas le mien — n’habiter que son propre pas, peupler le lieu de son départ : c’est une juste exigence.

Les papiers, c’est pour écrire dessus. Et ça ne me concerne plus, puisque je n’écris que sur écran..

Rêve d’un site qui serait comme un pays sans identité, ni nationale, ni sociale : on noterait en page d’accueil This land is your land et on irait s’y perdre.

arnaud maïsetti - 29 août 2010

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