chercher une prise
18 août 2010




Par rapport à nous, l’imagination place le monde futur soit en hauteur, soit en profondeur, ou bien dans la métempsychose. Nous rêvons de voyages à travers l’univers, mais l’univers n’est-il pas en nous ? Nous ne connaissons pas les profondeurs de notre esprit. –

Novalis



Forests and Sands (Camera Obscura — ’My Maudlin Career’ 2009)


Dans le rêve de cette nuit, si imprécis, si rapide, il y avait des guerres d’enfant, des coups portés sur des murs, des peurs sans objets, immenses, des joies brèves qui faisaient remonter à la surface toute l’ampleur du désastre ; il y avait la nuit partout (et je m’en étonnais : rarement dans mes rêves, il fait nuit).

Ai basculé hier dans l’année suivante — commencer à préparer septembre, et dans la projection, tout ce que je laisse derrière moi.

Lire beaucoup, ces derniers temps, par bribes, fragments arrachés : Les Grains de Pollen de Novalis dans la très belle traduction de Laurent Margantin ; Haut Mal de Leiris, et encore Sarah Kane, ou Hugo, Strehler. Sans aucune logique — c’est comme si je cherchais. Mais quoi ? Une entrée, quelque part, une prise dans l’année neuve, qui me ferait définitivement aller.

Sur les marches qui conduisent aux perspectives du vide, je me tiens debout, les mains appuyées sur une lame d’acier.

M. Leiris

Du rêve de cette nuit, je n’ai maintenant aucune idée : de l’enchaînement des images, des visages, de la logique interne — le matin a joué son rôle qui est d’oublier tout cela. Pourtant : cette guerre menée contre le vide, avec juste mes mains (j’ai encore les doigts engourdis d’avoir frappé), j’en cherche l’issue.

Devant la surface nette d’une forêt, on ne se pose pas de question : on sait que si on avance un peu, on passera entre deux arbres, on sera dans le bois ; on sera une partie du maillage — et on sait que si on avance, au bout d’un certain temps, on se retrouvera passé de l’autre côté : que la forêt n’est pas un mur, ça, oui, on le sait.

Mais qu’on reste un temps hypnotisé à l’orée et on ne verra bientôt qu’une surface sans profondeur, lisse et sans souvenir, sans futur : on se tiendra devant un miroir qui ne reflète rien.

On peut rester des heures là. Au juste, on y reste des heures.

Et ce n’est que lorsque la peur a pris la plus grande place dans l’imagination qu’on lance la jambe devant soi, qu’on avance, qu’on s’appuie aux premiers troncs pour disparaître sans bruit et peut-être, au bout d’un moment, passer de l’autre côté.

Pour le moment, je suis encore devant la masse froide, je respire l’air lourd et humide du bois, les branches se balancent au-dessus de ma tête, pourraient tomber sur moi, je ne bouge pas. Pour le moment, je me tiens en avant de la surface, et je regarde la glace sans tain du miroir faire apparaître toutes ses formes que je ne comprends pas.

arnaud maïsetti - 18 août 2010

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