entrées maritimes
6 octobre 2010




Haunted Ocean (Max Richter)


Un po’ di pace basta a rivelare
dentro il cuore l’angoscia,
limpida, come il fondo del mare

in un giorno di sole. Ne riconosci,
senza provarlo, il male
lì, nel tuo letto, petto, cosce

e piedi abbandonati, quale
un crocifisso - o quale Noè
ubriaco, che sogna,

Il suffit d’un instant de paix pour révéler,
au fond du cœur, l’angoisse
limpide, comme le fond de la mer

par un jour de soleil. Tu en reconnais,
sans la ressentir, la souffrance,
là, dans ton lit, poitrines, cuisses,

et pieds relâchés tel
un crucifié — ou tel Noé
qui rêve en son ivresse

Pier Paol Pasolini, Le Ceneri di Gramsci


La mer toujours recommencée — mensonge : de la vague crachée jusqu’aux pieds, ce n’est que de la vague encore, rien de neuf : toute cette écume des choses dissimule une sorte d’agonie perpétuelle qui continue, encore et encore.

La nuit, deux mains agrippées l’une à l’autre, deux corps l’un à l’autre, cherchent à rejoindre. Respirant le souffle de l’autre, voulant sans doute quelque part retrouver à la surface du corps ce qui pourrait défier le pli continu des vagues : atteindre un commencement, une histoire qui pourrait commencer — haletant dans le noir, toujours dans le noir pour ne pas avoir à reconnaître à qui appartient ce corps, espérant sans doute l’échanger sous la noirceur et jusque dans le cri, cherchant encore, ne désespérant que sous le jour, et recommençant quand la nuit revient, rejoignant nuit après nuit, quelque part qui n’a pas de lieu : on appelerait cela le commencement de soi, mais ça n’a pas de nom.

Les peaux reposées l’une sur l’autre, dans le noir toujours, dans le silence, les cris dehors annulés par les cris au dedans qui battent une sorte de ressac qui voudraient de l’un à l’autre passer de l’autre côté : sur le sable, la mer efface les traces et dans le lit, la fatigue qui ouvre le jour en grand. Le soir, les corps prendront forme dans la nuit pour trouver l’espace et le temps où commencer enfin : on ne rejoint pas ; on ne rejoint jamais.

arnaud maïsetti - 6 octobre 2010

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