mouvements de foule
5 février 2011



Spiracle (Soap & Skin, ’Lovetune For Vacuum’, 2009)



Chacun ses pieds
dans ses pas

chacun ses larmes
au large des yeux

chacun sa main
dans l’aumône

dans le trois-mâts
chacun ses rêves

son mal de poudrerie
dans ses désirs

son mal de nébuleuse
dans ses pensées

Gaston Miron (L’homme rapaillé, ’Influences’)


Foule nombreuse dans le crâne quand on marche pour aller nulle part vraiment, ni pressé, ni là, seulement d’être là, seulement foule, et puis.

De marcher dans la rue mais en file indienne, en piétinant, comme s’il fallait faire la queue pour accéder à quelque chose ; alors on s’attendrait presque à payer à la fin de la rue et pourtant il n’y a rien — que la rue qui continue mais soudain vide et pourquoi là.

La même foule nombreuse en soi est dehors alors ça ne choque pas, on s’étonne juste de la trouver là, étalée, immobile presque ; c’est insupportable à s’enfuir ; quand j’irai me réfugier dans le cimetière pour me dépeupler intérieurement, il y aura toute une autre foule, de silence et de terre, et dans le vent, des phrases qui tombent, que je viendrai ramasser et noter à la volée lorsque je serai de retour chez moi.

john bonham dans la tête, et rien qui appelle au dehors

ou bien

lautréamont dans les mains, qu’est-ce qui saigne dans la bouche quand ça parle

et encore

la pérouse dans la jambe, mais quand reviendra-t-il, mais au moins le veut-il

mais aussi

soleil dans le dos qui gratte mais ne livre que ma peau morte

et donc

koltès dans la bouche, réciter cela comme du racine : et sa mort, à mes yeux dérobant la clarté rend au jour qu’ils souillaient (toute sa pureté)

puis, enfin :

michaux respirait, et de la même manière que tous, mais l’air qu’il soufflait a disparu dans les plantes

Des foules que je ramènerai à moi, dans la soif des carnages (impossible de ne pas penser au bruit des corps qui tomberaient), je dirai le mouvement qui bat et me déporte : y mordre profondément pour ne pas avoir à y rester.

Quand je me dégage de tout ce flux de corps comme inertes, je saisis combien mon appartenance aux êtres est fragile, menaçante, arrachée de justesse à la violence des villes.


arnaud maïsetti - 5 février 2011

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