monocordes
28 février 2011



Adagio For TRON (Daft Punk, ’Tron : Legacy’, 2010)


MONOCORDE
(mo-no-kor-d’) s. m.

1° Terme de musique dans l’antiquité. Instrument à une seule corde, en usage chez les Grecs, qui en jouaient en promenant sous la corde un chevalet mobile et pinçant la partie libre.

2° Instrument sur lequel il y a une seule corde tendue et divisée suivant certaines proportions pour connaître les différents intervalles des tons.

Les monocordes, appelés aussi clavicordes.... sont fort agréables quand on les joue tout seuls.... c’est dommage que ces sortes d’instruments ne soient pas connus en France ; on en fait d’excellents dans la haute Allemagne,
Dict. des arts et mét. 1767. Fact. de clavecin.

3° Il se dit aussi d’un instrument composé de plusieurs cordes, mais toutes à l’unisson, qui sert à régler les tons des autres instruments.

Littré


Et presque chaque nuit, la même suie de cendres. Presque chaque nuit les sanglots sur les trottoirs, les mêmes : qui s’échappent — pour un jour de plus davantage recommencé.

Le froid de l’hiver ne me quitte pas. Quand on aura enfin atteint une longueur de jour raisonnable de nouveau raisonnable, on nous l’amputera d’une heure, évidemment.

L’univers est un œuf, ai-je dit : mais c’est quand on le voit de l’extérieur qu’il nous apparaît tel — et comment être de l’extérieur de la chose même qu’on habite, qui nous habite ? De l’intérieur de l’œuf, qui pour dire sa taille et sa forme ? Même chose pour ce jour, cette nuit, ces manteaux tellement échangés qu’ils n’appartiennent ni à l’un ni à l’autre, et qu’on a, au crépuscule, abandonnés à la surface des choses comme sur un mort pour éviter qu’on le voit : et c’est alors qu’on sait qu’il s’agit d’un mort. Mais de quel mort ? On l’enjambe.

J’ai dit aussi, mais conversation lancée dans le hasard le plus beau, la supériorité de l’œuf sur tout autre chose, c’est ce en quoi il s’apparente à une toile d’araignée. Il n’y a pas deux œufs identiques, mais chaque œuf est également parfait. Comme une toile d’araignée. Mais essayez de laisser tomber un œuf sur une toile d’araignée — ai-je pensé —, il ne restera rien de tout cela. Beautés des choses fragiles, fragile en leurs beautés.

La même nuit est donc tombée (je pensais enfin), et le poids sur les épaules. Ce n’était alors pas la même nuit. Quelque chose de soyeux dans le frottement des étoffes. Longue robe coulée sur les lumières sales. En tournant le dos à la Place, le rire de Suze Rotolo que je n’ai jamais entendu, la musique de plusieurs cordes à la fois tendue sur une même note jouait un requiem de splendeur. Le deuil d’une certaine forme de nuit, tu le vois bien, si différente de tout ce que j’ai vécu : le manteau sur le sol est dressé à la verticale de chacun de nos pas — il est de la couleur de nos cheveux et nous y mêlons nos corps pour s’enfoncer chacun de notre côté dans une ville différente.


arnaud maïsetti - 28 février 2011

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