Fenêtre suspendue dans le noir_
Ana nb
4 mars 2011



Je traverse une ville sans nom .Je m’égare dans une rue sans visage .Une voix éclate. Je fuis. Je trouve un passage. Je reste là, un moment. « Sur l’écran de l’ordinateur, la surface verticale possède la rectitude lisse du trottoir de ma ville ». Je repars. Je marche vite le rouge sangle mes attentes. Dans le jour, dans le bruissement de la ville je découvre vos déplacements. Marcher traverser rentrer sortir regarder attraper des visages, coller des mots fantômes sur les murs sur les entrailles de la ville, et puis retourner à l’errance. Interrompre la trajectoire rectiligne des mots parcourus du centre de la ville à quelque part, ailleurs. Maintenant le jour a une autre couleur .Je ne dis rien des ombres écrasées sous la lumière sale du petit matin. Lire aube. Lire jour. Lire nuit. Je vous lis dans la mémoire de ce que je ne comprends pas. Au commencement je cherche des mots des choses possibles à approcher , des mots des choses possibles à poser , des mots des choses possibles à reprendre Un jour vous recopiez des mots de Garcia Lorca , vous écrivez duende , vous dites que ce mot on ne peut pas le traduire parce qu’on ne peut pas l’approcher , vous parlez des langues qui vous sont nécessaires , ces langues ont un nom Kafka , Bernhard, Goethe .Un autre jour vous perdez votre territoire et avec votre territoire la langue de votre territoire .Au commencement je me perds dans des bouts de ciel des bouts de ville . Le texte défile à la vitesse du jeu et du désespoir, les rues se croisent se joignent s’écartent s’étendent s’arment se dénudent s’effacent, une à une, ne restent plus que les formes entraperçues des corps et des nuques penchées. Dans la nuit une fenêtre allumée. Ciel. Arbre. Rue .Escalier . Porte .Fenêtre. Fenêtre allumée. Fenêtre allumée. Fenêtre. Porte. Escalier .Rue .Arbre . Ciel. Ne retenir que le regard du texte exposé là sous mes yeux, n’en retenir que la première ouverture. Ensuite revenir rechercher là, où le monde vous habite, rechercher ce qui peut m’appartenir. Et des paysages intérieurs de la sphère des musiques mystérieuse de la danse de l’animal ivre je ne dis rien .Dans les veines de la ville votre écriture s’écoule .Vous ignorez la colonne vertébrale incise lumineuse dans le ciel .Ville visages voix. « La langue, je m’en sers pour faire levier aux heures qui me détachent d’elles, ou qui m’absorbent ».Je vous lis quelque part, vous fuyez le jour vous fuyez la nuit. Vous écrivez contre le temps. Un jour je lis avec votre voix, votre voix entre dans le/mon texte lu. Un jour votre voix disparaît. Parfois je vous parle. « Parler n’est ce pas vouloir mettre debout quelque chose ? N’est ce pas vouloir se mettre debout ? » Je regarde la lumière troublée troublante de la rue .Vous marchez vers « la ville aux épaules de vieillard ». Je reste au bord d’une fenêtre suspendue dans le noir .Vous sortez, à chaque pas vous creusez l’infini des métamorphoses. Vous marchez maintenant vers la ville aux remparts. Ciel. Arbre. Rue. Visage. Escalier. Porte. Fenêtre. Fenêtre allumée. Fenêtre allumée. Fenêtre. Porte. Escalier. Rue. Visage. Arbre. Ciel. Autour de nous rien n’est en repos la terre le ciel les arbres les rues les murs de nos maisons .Hier non retour de l’hiver, quelques flocons épars côté rue.

Ana nb



Le premier vendredi du mois, depuis juillet 2009, est l’occasion de Vases communicants : idée d’écrire chez un blog ami, non pas pour lui, mais dans l’espace qui lui est propre. Autre manière d’établir un peu partout des liens qui ne soient pas seulement des directions pointant vers, mais de véritables textes émergeant depuis.

Pour les Vases communicants #21, j’accueille Ana Nnb — que je ne connais pas, mais que je lis depuis maintenant deux ans, par la grâce de ces échanges mensuels : serais-je arriver jusqu’à son blog s’il n’y avait pas eu ces vases communicants ? C’est toujours un peu un miracle, les rencontres d’écriture à écriture : l’énergie et l’obstination de nos vases communicants tient beaucoup à cette volonté de provoquer ces miracles. Je lis donc Ana nb depuis qu’elle y participe, reconnais sa ponctuation particulière, les rythmes qui l’imposent.
Quand elle me propose le mois dernier d’échanger avec elle, je sais où cet échange mène : et comme elle propose sur son blog (ses blogs) ces notes tendues, denses, de précision absolue sur tel geste, la ville intérieure et ses lieux — je sais que l’échange aura du sens. Surpris cependant de voir quelle direction elle a prise pour ce vase communicant, et le sens multiplié qu’elle m’offre, littéralement : cette lecture de mes carnets, devenus, par son regard, ville qu’elle emprunte et m’adresse. Cette joie des rencontres, au lieu même qu’on a provoqué mais qu’on ignore, c’est là un autre miracle, plus précieux encore que le simple déménagement de nos sites. Merci, grand merci à elle.

Et merci aussi pour son accueil chez elle, où je fouille le beau mot qui donne le titre à son blog : sauvage.


Et suivre, via le groupe Facebook, d’autres vases communicants ce mois — tout cela sous la veille bienveillante et généreuse de Brigite Célérier

- Les vases communicants de mars :

- Candice Nguyen et Christine Jeanney
- Sam Dixneuf et Stéphane Bataillon
- Juliette Mezenc et Christophe Grossi
- François Bon et Guillaume Vissac
- Michel Brosseau et Jean-Marc Undriener
- Estelle Javid-Ogier et Jean Prod’hom
- Anna Vittet et Joachim Séné
- Cécile Portier et Christophe Sanchez
- Clara Lamireau et Urbain trop urbain
- ana nb et Arnaud Maïsetti
- Morgan Riet et Murièle Modély
- Nolwen Euzen et Benoit Vincent
- Maryse Hache et Michèle Dujardin
- Elise et Piero Cohen-Hadria
- Anne Savelli et Franck Queyraud
- Dominique Hasselmann et Dominique Autrou
- Marlène Tissot et Vincent Motard-Avargues
- Louise Imagine et Isabelle Butterlin
- Kouki Rossi et Brigitte Célérier


arnaud maïsetti - 4 mars 2011

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