La Ville écrite | jour et nuit
3 juin 2011



Jour et nuit ces garages qui veillent — pour que jour, et nuit, la sortie soit libre : et le garage de répéter : jour et nuit : et jour et nuit l’alternance est respectée : sous la phrase de ce garage, le jour et la nuit se font et e défont l’un dans l’autre.

Que l’on voit peu de ces veuves qui passent les jours et les nuits dans la prière !
BOSSUET, Anne de Gonz.

Si on cessait la prière peut-être que le jour et la nuit cesseraient ? (que le jour ou la nuit cesseraient ?) — non. Le garage est là qui veille, et répète : jour et nuit, et le jour et la nuit se dressent, jour et nuit.

Et le jour a trois fois chassé la nuit obscure Depuis que votre corps languit sans nourriture,
RAC. Phèdre, I, 3.

On n’en finira jamais, cette histoire de faim sans issue : que le jour et la nuit recommence : qui dort dîne, dit-on : qui jeûne trois nuits de suite laisse passer combien de jours en lui, vides — peut-être.

La beauté du jour est comme une beauté blonde qui a plus de brillant ; mais la beauté de la nuit est une beauté brune qui est plus touchante,
FONTEN. Mondes, 1er soir.

Sous la chevelure noire, la nuit blanche : sous la chevelure claire, le jour obscurément levé voiles après voiles : et le voile du garage qui interdit, nuit et jour, jour et nuit, qu’on stationne.

J’étais las, attendant chez moi votre retour, Qu’on fit du jour la nuit et de la nuit le jour,
REGNARD, Joueur, I, 7.

Car en bas sont les cons qui stationnent — les circulations du jour et de la nuit n’ont pas besoin de mots d’ordre pour aller (et venir).

Tout se couvre à mes yeux d’un voile de langueur : Des jours amers, des nuits plus amères encore,
A. CHÉN. Élég. X.

Jour et nuit, cela veut dire : sans cesse. Et nuit et jour ? Si on inverse l’ordre, oui, qui le saurait ? Ni le jour ni la nuit : mais pour que le tempo se renverse, il faut nécessairement que deux jours se succèdent, ou deux nuits, et cela, oui, cela se verrait.

On reposait la nuit, on dormait tout le jour,
BOILEAU, Lutr. II.

C’est idée commune : la nuit, le temps passe différemment (non pas seulement différemment : plus lentement) — idée commune, qui m’est vitale pour supporter le jour, et traverser la nuit.

Travail, repos, douleur, et quelquefois un rêve, Voilà le jour, puis vient la nuit,
LAMART. Méd. II, 5.

Puis vient le jour, puis vient la nuit. Etc. Les poètes ont ceci de décevant : ils oublient souvent neuf cent quatre-dix neuf nuits dans leur compte.

Mes beaux jours sont voilés d’une effroyable nuit,
RÉGNIER, Plaintes.

Les adjectifs apposés à nuit l’amoindrissent toujours. Le seul mot qui peut l’accompagner, c’est jour. On ne s’explique pas ce mystère — les murs de cette ville le répande comme si c’était une évidence.

La mort lui fut nuit et jour toujours présente ; car il ne connaissait plus le sommeil,
BOSSUET, le Tellier.

Je nomme veille le sommeil du jour — la veille de la nuit, je l’appelle : ville. La ville ne répond pas : elle répète nuit et jour la même nuit et le même jour — interdit de stationner, la ville et le jour occupent toute la place, à tout moment. Nuit et jour, pas besoin de se situer dans la nuit et dans le jour pour le savoir. Comme sur ces panneaux d’indications : vous êtes ici (mais comment le savent-ils ?) — nuit et jour, c’est l’horloge toujours juste de la ville.


arnaud maïsetti - 3 juin 2011

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