devant cette porte
6 juillet 2011



Back door man (The Doors)


Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible.

Gérard de Nerval (’Aurélia’)


Devant cette porte, apeuré, frappant, de toutes forces appelant comme dans tes rêves quand la voix ne sort pas, puis de colère, de pure colère crachant sur la porte, arrachant avec les doigts, griffant d’ongles absents désormais les contours de la porte de sorte qu’impossible de reconnaître la première porte de la porte dessinée avec le sang des doigts, pleurant alors, sans larme, déchirant les cheveux, sans tristesse, et toujours devant cette porte haute comme un immeuble, large comme toute une ville étalée, élargie, devant cette porte le cœur battant comme une porte, et rien entre la porte et le corps qui voudrait la franchir (seulement un mur), rien entre le mur et le corps qui saurait le traverser (seulement la porte),

dehors sans dedans, dehors exposé à aucun autre dehors que les yeux qui le cernent, dedans dérobé, surface plane sans profondeur, ou profondeur ultime alors, profonde jusqu’au dedans du corps refoulé, lutte à mort, anéanti de fatigue continuer à frapper la porte, derrière, il y a quelqu’un qui attend, ou soi-même qui habite, une femme qui dira : ce qu’il faudrait dire ; oh, c’est juste derrière la porte, s’affranchir de l’extériorité qui blesse, frapper encore jusqu’à devancer les échos de ses propres coups sur le mur dressé, là, partout, dans le crâne, porte qui est le crâne même, recèle tous les secrets, et soudain, dans le mur, porte qui s’abat —

après une seconde, fuir ; trouver une autre porte.


arnaud maïsetti - 6 juillet 2011

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