Projet de communication
 Positions et vitesses du récit contemporain
6 décembre 2011




Projet de communication pour le colloque « Les moyens du récit contemporain » – Un atelier de réflexion et de création : Ville de Québec, 17-18 mai 2012 (sous la responsabilité de René Audet et Mahigan Lepage) ; CRILCQ, Université Laval


« Sur les passerelles de l’abîme (et les toits des auberges) » |
Positions et vitesses du récit contemporain

Récit : le nom que l’on pourrait donner non à un genre déterminé établi selon des critères de techniques narratives, mais à une position d’écriture. Décrochées des conventions romanesques naissent des narrations plongées dans l’expérience même qui les exige et les écrit : construisant de l’intérieur et pour eux seuls les outils capables de produire leur langue et leur rapport au monde, des récits s’établisent hors de tout cadre générique, de toute forme donnée, de toute clôture établie sur le plan sensible comme sur le plan physique du livre, par exemple dans des sites en ligne qui figurent le juste terme de ce moyen neuf : espaces (territoires), positions (corps d’écriture) et constructions permanentes (agencements dynamiques). Philippe De Jonckheere ; Pierre Ménard ; Fred Griot ; Karl Dubost ; les collectifs ; les éphémères ; les essentiels.

Ces récits (moins des objets que des types de prise de parole, donc), ne seraient semblables qu’en l’exigence commune de fracturer dans l’espace du monde une position qui les propulse, qui n’est ni l’ancien point de vue du narrateur, ni l’origine de l’auteur – quelque chose d’indéterminé et de souple rendant plus directe l’expérience trempée au monde comme l’on dit d’un métal, non plus à sa fabrication artificielle. O. Rolin ; F. Bon ; P. Vasset ; P. Bergougnioux ; E. Chevillard – exemples.

Position d’écriture, c’est-à-dire espace et moyen ; regard et désir ; milieu si le milieu, loin d’être une moyenne est « au contraire l’endroit où les choses prennent de la vitesse » (Deleuze / Guattari) ; moyen en tant qu’il est à la fois l’outil et le pouvoir de le manipuler : la force et l’entre des choses qui permet le déplacement – si le récit possède les moyens de dire encore, et de raconter encore le monde qui nous traversons, c’est lorsqu’il se situe à l’intermédian de la langue, de soi, et du monde ; de l’imaginaire, du symbolique et du réel ; du politique, de l’utopie, de la colère ; pour raconter aussi le monde qui nous peuple et qui manque à notre désir : « Entre les choses ne désigne pas une relation localisable qui va de l’une à l’autre et réciproquement, mais une direction perpendiculaire, un mouvement transversal qui les emporte l’une et l’autre, ruisseau sans début ni fin, qui ronge ses deux rives et prend de la vitesse au milieu. » (D/G)

Ce que l’écriture contemporaine exige, quand on l’aborde, c’est bien de renoncer à tout échaffaudage théorique préconçue – puisque devient centrale cette position de mouvance et d’emportement, singulière en chacune, mobile et déplacée en son sein, emportée dans son propre mouvement, rendant caduque toute distinction en genres canoniques : C. Tarkos ; B.-M. Koltès ; T. Duvert – pour citer trois auteurs, disparus récemment, dans les trois genres consacrés ; trois écritures exemplaires dans leur faculté à déplacer la question du récit, en poésie, théâtre, roman, et chacun dans tout cela à la fois. Quelle cartographie au présent de ces écritures qui les prolongent, frères en cela : toujours préoccupés du récit (non comme donnée, mais comme exigence éthique), qui se produisent au moyen de leur vitesse ?

Il ne s’agirait pas de voir en quoi le récit dans de telles écritures contemporaines use de méthodes secondaires à sa fabrication – mais d’approcher le récit comme moyen, celui de déplacer les perceptions, de rebattre les cartes : et c’est bien en terme de position, depuis « les passerelles de l’abîme » (Rimbaud) tendues par la langue sur le monde que pourrait s’élaborer une lecture par la vitesse, depuis leur vitesse : envisager comment la vitesse est un moyen interne du récit pour se bâtir, se réaliser, se produire finalement sans autre fin que ce passage déplaçant autour de lui le monde dévisagé à nos yeux.


arnaud maïsetti - 6 décembre 2011

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